« Le temps des cerises puis le temps des noyaux. Solférino puis Waterloo »

(Christophe Conte, Les Inrockuptibles, 12 avril 2017)

Le PS survivra-t-il à l’élection de dimanche ? Christophe Conte, dans le dernier numéro des Inrockuptibles, pense que non et lui adresse un « billet dur », adieu éloquent dans lequel il résume son déclin en figures condensées : « Le temps des cerises puis le temps des noyaux. Solférino puis Waterloo ».
Les deux énoncés riment, selon un homéotéleute discret. Ils ont la même construction elliptique, formant ainsi une anaphore syntaxique. Ils déclinent une même antithèse entre un passé plein d’espoir et une actualité désespérée, et jouent du dialogisme : on connaît la chanson : « quand il reviendra… le temps des cerises…». On sait aussi que toute cerise comporte en son cœur un noyau : il y a donc synecdoque. Il est alors normal que la dégustation de la première s’arrête au second et l’on comprend que la cerise, représentant d’abord le plaisir de manger la chair succulente de ces fruits, figure ensuite métaphoriquement le bonheur du PS ; et les noyaux, donc, l’inverse (métaphore filée). L’énoncé suivant propose une autre métaphore filée reprenant la même antithèse, à partir de deux lieux de batailles napoléoniennes auxquels est donné le sens de l’issue, victoire ou défaite, dont ils furent le théâtre, faisant de ces guerres, par métonymie,  l’image du destin attendant le PS. L’image est d’autant plus adéquate que la bataille de Solférino donne son nom à la rue (dont elle est donc éponyme) qui abrite le siège du PS, et que l’on se sert depuis 1980, date de son installation en ces lieux, du nom de cette rue pour désigner le parti (autre métonymie du lieu). La fin paraît inéluctable, annoncée par l’adresse même du siège qui anticipe, tout naturellement, comme les noyaux sont dans les cerises, la mort du parti qui l’a choisie.