« On est dans une sorte de fantasme »

Jean-Luc Mélenchon répondant à François Fillon, meeting de Toulouse, 16 avril 2017

Le renversement du stigmate, par l’appropriation d’une étiquette infamante (« décadent », « intellectuel », « pédé », par exemple) est un moyen éprouvé de déstabilisation. Jean-Luc Mélenchon le sait. Il détourne avec humour une attaque de François Fillon qui, sur Radio J, avait le jour même qualifié de « fantasme » son projet de coopération avec L’Alliance Bolivarienne pour les Amériques. Projet insidieux, de l’avis de F. Fillon, qui en fait un scénario irréalisable, fruit de la fascination de son adversaire pour un certain imaginaire révolutionnaire. Par son étymologie (« fantôme »), le mot « fantasme » permet aussi d’ériger J.-L. Mélenchon en menace : ce dernier apparaît ainsi implicitement comme un « spectre » ‒ métaphore qui, on le sait, a longtemps entretenu la peur du communisme (Marx et Engels la citent déjà ironiquement dans leur Manifeste). Plutôt que de s’aventurer sur ce terrain, Mélenchon exploite la polysémie du mot « fantasme », en réactivant singulièrement son acception érotique par une antanaclase : « On est dans une sorte de fantasme, dit-il à propos de moi – ce qui est toujours flatteur compte tenu de mon âge ». Il met ainsi les rieurs et Fillon de son côté, en le présentant comme un admirateur secret que les courbes ‒ physiques ‒ du candidat de la France insoumise exciteraient plus que son programme !

Crédits photo : AFP