« je suis la candidate de la France du peuple »

(Marine Le Pen, Assises présidentielles de Lyon, 5 février 2017)

« Si vous êtes ici aussi nombreux aujourd’hui, c’est que […] contre la droite du fric et la gauche du fric, je suis la candidate de la France du peuple ». C’est par un parallélisme (la droite du fric / la gauche du fric / la France du peuple) permettant d’invectiver d’entrée de jeu ses principaux adversaires et de se situer au-delà du clivage gauche-droite que Marine Le Pen « cadre » idéologiquement sa candidature dans son discours de lancement de campagne.

A la lecture de la deuxième partie de cet énoncé (« je suis la candidate de la France du peuple »), on se dit qu’il y a grammaticalement (et discursivement) quelques mots de trop, que l’énoncé aurait pu/dû s’arrêter à « de la France ». Erreur de débutante, lourdeur stylistique ? Cet énoncé à tiroir est en fait très productif sur le plan sémantique et idéologique, en ce qu’il repose, entre autres, sur le télescopage de trois constructions syntaxiques : je suis la candidate de la France / je suis la candidate du peuple / la France du peuple (rappelant le slogan Au nom du peuple).

La dernière construction, la France du peuple présuppose qu’il y a plusieurs France et dessine, grâce au parallélisme qui structure l’ensemble de l’énoncé, une « France des riches » qui serait l’unique cause des candidats de « la droite et [de] la gauche du fric ».