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Étiquette : sophisme

La Manif Pour Tous

16 juillet 202117 juillet 2021 Hugues Constantin de Chanay
Logo de La Manif Pour Tous

Comme le prétend par synecdoque le mot « Tous », la Manif Pour Tous, affable, n’exclurait personne de ses rangs familiers et déjà presque familiaux – c’est, par apocope, de « Manif » qu’il est question et non de manifestation.

Sur le logo se déploie une autre synecdoque qui rend tout aussi aimable le ciblage idéologique : cette ribambelle d’individus, après tout, pourrait unir n’importe qui – mais non ! C’est la famille modèle !

Une toujours aimable métonymie vient seconder cette synecdoque : en se joignant de la périphérie au centre, les bras dessinent des angles différents ; ceux du centre forment un angle aigu et détendu, loin de la ligne plate, homogène, menaçante, d’un cordon de policiers faisant barrage. En outre ici, par métaphore, la solidarité s’exhibe main dans la main.

Les deux sexes – deux seulement – sont bien différenciés, ainsi que le montre, par métaphore de nouveau, l’opposition du rose et du bleu – couleurs arbitrairement affectées à un seul des deux genres, mais l’omniprésence de cette affectation dans notre culture lui redonne une motivation dialogique. Cette différence des sexes est renforcée par métonymie, les attributs des personnages étant « genrés », genre et sexe étant assimilés (coiffures, vêtements, postures – les jambes des personnages masculins sont nettement plus écartées que celle des personnages féminins), les silhouettes mettant en scène caricaturalement un dimorphisme sexuel stéréotypé (taille en bobine de la femme par exemple). Les sexes sont soigneusement équilibrés au sein de cette « famille »: à eux quatre, ces parents et ces enfants heureux sont un parangon.

Par une ultime métaphore enfin, la ribambelle représente doublement un foyer. La forme évasée de la vue de face du quatuor rayonne en bouquet épanoui concentrique vers le bas. Quant aux accueillants regards qu’on imagine, ils convergent à l’avant vers le regard du spectateur. Oui, cette famille modèle a tout pour elle et peut avoir des enfants.

Par contre, qu’elle soit la seule à pouvoir le faire, c’est une tout autre affaire. L’« incorporation » des propriétés (panachage de métaphore et de métonymie sur la base d’une synecdoque de l’objet support pour la ou les propriétés, ce qui caractérise toute représentation, a fortiori celle des corps) suggère que sa sérénité procède de son hétérosexualité et de la complémentarité des sexes. Or la logique ordinaire fait fi du modus ponens et, de « l’hétérosexualité fait des familles heureuses », incite à conclure « la non-hétérosexualité fait des familles malheureuses ». Peut-être l’intensité du bonheur affiché ne donne-t-elle guère envie d’y échapper, mais cela reste un sophisme.

Posted in Figurez-vous…Tagged apocope, arbitraire, caricature, métaphore, métonymie, modus ponens, motivation dialogique, parangon, sophisme, synecdoque

« Un protocole de la bavure »

27 janvier 201830 avril 2024 Hugues Constantin de Chanay

(Yann Moix, Libération, 22 janvier 2018)

La lettre ouverte de Yann Moix à Emmanuel Macron publiée par Libération le lundi 22 janvier est une provocation plus qu’une dénonciation : sa rhétorique est d’abord épidictique (elle vise à fédérer les uns et à exclure les autres en brandissant des valeurs communes bafouées) et ensuite seulement délibérative (elle cherche à attester la réalité des faits incriminés – les violences faites aux migrants calaisiens –, principalement étayée par l’assertion plusieurs fois répétée que l’auteur a filmé les faits). Si raisonnement il y avait, il serait fallacieux en raison de cette pétition de principe qui amène l’expression centrale : « Quand un policier, individuellement, dépasse les bornes, on appelle ça une bavure. Quand des brigades entières, groupées, dépassent les bornes, on appelle ça un protocole. Vous avez instauré à Calais, monsieur le Président, un protocole de la bavure ». On nomme « bavure » un écart individuel par rapport à une norme juste collective (soit le fait de « dépasser les bornes »). Mais qui sinon Yann Moix prétend que les protocoles « dépassent les bornes » ? Au contraire, pour tout un chacun, ils les fixent. Un protocole ne dépasse les bornes que lorsqu’il cesse d’être reconnu comme tel. Pour que l’expression « protocole de la bavure » puisse prendre sa pleine efficacité, Y. Moix a donc besoin de donner préalablement au mot “protocole” le sens qui lui est nécessaire pour décocher ce mot fort comme si de rien n’était. Du point de vue de la légitimité argumentative, l’oxymore « protocole de la bavure » est à la limite du sophisme. Mais ce sophisme disparaît dès que l’on considère que l’expression est polyphonique : outre qu’elle aggrave considérablement la faute en l’étendant du sauvage au réglementaire, elle dresse face à face celui qui détecte des bavures (Yann Moix, recrutant les lecteurs témoins de sa lettre ouverte) et celui qui établit des protocoles (Emmanuel Macron, sommé de réagir devant cette rencontre de la règle et du réel).

Posted in Figurez-vous…Tagged délibératif, épidictique, oxymore, pétition de principe, polyphonie, sophisme

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