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Étiquette : slogan

« Z »

21 mars 202223 avril 2024 Paul Bacot

Zut ! La coïncidence est pour le moins fâcheuse. Au moment où les jeunes supporters d’Éric Zemmour, ceux de Génération Z, placardent le portrait de leur candidat accompagné de la lettre Z, les jeunes et les moins jeunes supporters de Vladimir Poutine tracent un peu partout la même lettre pour dire leur soutien à l’agression contre l’Ukraine. Dans le même temps, les soldats russes décorent leurs tanks du même symbole. Signe de distinction sur le champ de bataille pour les engins envahisseurs ou indication d’une zone de l’Ukraine à occuper ? On l’ignore, mais on sait que le président russe a célébré l’anniversaire de l’annexion de la Crimée devant deux slogans de facture assez classique, que l’on peut traduire ainsi : « Pour une paix sans nazisme » et « Pour la Russie », étant précisé que pour se dit za en russe et que la graphie des deux Za majorait la lettre Z –latine et non pas cyrillique.

L’usage de lettres dans la propagande électorale ne peut être considéré comme un marqueur des candidats d’extrême droite, mais Marine Le Pen joue aussi avec l’initiale, non pas de son nom mais de son prénom, non pour dire la guerre mais l’amour. La France qu’on M et M la France comptent parmi les slogans de sa troisième campagne présidentielle, tandis que son site a pour adresse MlaFrance.fr. Voici une candidature féminine présentée comme résolument moderne et porteuse d’un nationalisme à visage humain, quand son concurrent immédiat préfère l’image virile du manieur d’épée Zorro. Monsieur Z versus Madame M… Rien de commun avec ce candidat à la candidature identifié comme Monsieur X : Gaston Defferre avant le scrutin de 1965.

Posted in Présidentielle 2022Tagged initiale, lettre, slogan, symbole

“Plus forts et plus heureux tous ensemble”

18 mars 202223 avril 2024 Dominique Desmarchelier

Emmanuel Macron, conférence de presse du 17 mars 2022

Cette formule, employée par le candidat Macron lors de sa conférence de presse fleuve (4 heures devant les journalistes), par un rapport d’interdiscursivité – aucune parole, aucun discours n’est jamais premier – semble renvoyer à la nouvelle devise olympique adoptée le 20 juillet 2021 à Tokyo :

« Plus vite, plus haut, plus fort – ensemble »

Ensemble, séparé par un tiret, a donc été ajouté. Rappelons que l’ancienne devise en latin était : « Citius – Altius – Fortius », ce qui signifie : Plus vite – Plus haut – Plus fort. On doit ces mots au prêtre dominicain Henri Didon lors de la cérémonie d’ouverture d’une épreuve sportive scolaire en 1881.

Mais, au-delà du clin d’œil évident à l’esprit olympique, on peut également s’interroger sur le « tous ». Et c’est un autre lien interdiscursif qui apparaît :

« Tous ensemble, tous ensemble, tous ! », slogan rythmé le plus souvent dans les manifestations par les militants de la CGT.

Le candidat espère-t-il ainsi rallier les votes populaires ?

Posted in Présidentielle 2022Tagged devise, interdiscursivité, slogan

“Ensemble citoyens!”

23 novembre 202123 novembre 2021 Paul Bacot

Ce n’est pas un parti politique, mais un regroupement de partis existants, dont l’objectif est principalement de faire en sorte que les élections législatives de juin 2022 permettent la constitution d’une majorité favorable au président sortant, dans l’hypothèse de sa réélection. La dénomination de cette nouvelle entité prend néanmoins place dans l’évolution des noms d’organisations partisanes.

On remarque d’abord l’absence de premier élément dans la dénomination – qui aurait pu être fédération, confédération, coordination, union… De même que les partis ne s’appellent plus guère parti, mouvement ou rassemblement, la structure organisationnelle n’apparaîtra pas comme telle dans la dénomination retenue. En lieu et place de ce qui aurait été une forme descriptive, on aura un nom dont la syntaxe est celle d’un slogan.

Le pluriel de citoyens indique clairement qu’on ne parle pas d’un ensemble citoyen. Il s’agit d’une phrase sans verbe, à valeur impérative, construit sur le modèle hymnique de la Marseillaise (Aux armes citoyens), et qui enjoint aux interpelés de s’unir. On attend alors un signe de ponctuation, plus précisément le point d’exclamation. Celui-ci figurera sans doute dans le logotype illustrant les affiches, mais pas dans le nom lui-même, comme c’est déjà le cas pour La République en marche / La République en marche!, Libres / Libres!, Debout la France / Debout la France! ou Ensemble / Ensemble! – le nom complet de la formation de Clémentine Autain étant Ensemble, mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire. Seule exception à la règle : le nom et le logotype du parti fondé par Barbara Pompili s’orthographient En commun! (cf. les sites de ces partis).

Mais à qui s’adresse exactement cet appel à l’union ? Là encore, la tendance dominante en onomastique partisane se retrouve : rien n’indique qui est contre qui, pour quoi ou contre quoi. Les deux mots composant le nom de la nouvelle structure sont politiquement et socialement neutres.

Ensemble, adverbe très utilisé dans les slogans, occulte la conflictualité pour ne laisser voir que le rassemblement et l’union qui en résulte. Un demi-siècle de campagnes présidentielles nous en a laissé des exemples célèbres : La France en grand, la France ensemble (Jacques Chirac, 1995), Nous irons plus loin ensemble (Jacques Chirac, 1988), La France ensemble (Jacques Chirac, 2002), Ensemble tout devient possible (Nicolas Sarkozy, 2007), Ensemble, la France ! (Emmanuel Macron, 2017, déjà !). Personne n’est exclu a priori, on est loin d’une quelconque lutte des classes (ou d’autres collectifs sociaux). Même Coluche, dans sa parodie de campagne en 1981, avait suivi cette stratégie, en l’adaptant à sa manière : Tous ensemble pour leur f… au c… avec Coluche.

Quant à citoyen, le mot est à la mode et incontestablement passe-partout (même s’il est implicitement opposé à politicien. Tout le monde est juridiquement citoyen et tout le monde se considère et se revendique comme tel (sauf à tenir le genre grammatical dit masculin comme non inclusif).

Ainsi, en appelant leur « maison commune » Ensemble citoyens, les chefs de la majorité présidentielle ont-ils scrupuleusement respecté à la fois la tradition aconflictuelle des partis de la droite et du centre, les contraintes stratégiques de l’électoralisme et les normes actuelles du marketing. Ils ont néanmoins fait preuve d’une certaine originalité. A notre connaissance en effet, citoyen ne figure dans le nom d’aucune autre organisation politique, à l’exception du Mouvement républicain et citoyen des anciens chevènementistes, aujourd’hui fondu dans la Gauche républicaine et socialiste. De même, ensemble n’est utilisé que par une seule autre entité, mais comme on l’a vu ci-dessus, suivi des critères du rassemblement souhaité (de gauche, écologiste et solidaire).

En dehors du champ politique, Google nous informe de l’existence d’une association ligérienne dénommée Ensemble citoyens!, qui regroupe des personnes avec handicap intellectuel. Il faut alors entendre : Nous sommes tous citoyens.

[Remarque typographique : dans un nom propre, comme pour les marques, il n’y a pas d’espace avant le point d’exclamation]

Posted in Figurez-vous…Tagged dénomination, onomastique, parodie, slogan

“Horizons”

13 octobre 202113 octobre 2021 Paul Bacot
Photographie : Ouest-France, 10 octobre 2021

Le nom de l’organisation politique dont la création a été annoncée par Edouard Philippe samedi 9 octobre au Havre se conforme à la tendance contemporaine en la matière. À la forme longtemps dominante /nom de collectif/+/caractérisation de celui-ci/, dont les exemples sont Parti socialiste, Rassemblement national ou Mouvement des démocrates, on voit se substituer celle qui ne comporte que le second élément, nom et/ou adjectif éventuellement précédé d’un article ou ponctué d’un point d’exclamation (Les Républicains, La France insoumise, Libres !). Mais contrairement à d’autres cas, il ne s’agit pas ici d’écarter l’appellation parti, réputée honnie, ou ce qui peut apparaître comme un équivalent, puisque l’adresse du site dédié est horizonsleparti.fr, et que celui-ci appelle à soutenir « le parti Horizons », à se rassembler « au sein d’un parti politique », de « construire un parti », et à « rejoindre le parti Horizons ». La motivation est d’un autre ordre : se conformer aux normes actuelles du marketing.

Pour ce qui est du mot unique constitutif du nom du parti, horizon, on notera là encore une adaptation à la tendance contemporaine, selon laquelle plutôt que de spécifier le camp dont le parti se veut le porte-parole (communiste, radical, socialiste, républicain, patriote, national, insoumis, démocrate), le mot retenu par certaines dénominations récentes est porteur d’une signification floue (génération, agir, marche). En quoi le nom Horizons peut-il nous renseigner sur ce qui distingue de leurs adversaires les personnes que l’on veut rassembler sous cette bannière ? On repense au titre du livre-programme de Gaston Defferre, candidat à la candidature présidentielle en 1965, Le nouvel horizon (Gallimard), lequel suggérait au moins l’idée d’un changement, ce qui n’est pas le cas avec le nom du parti philippiste, même si son site nous parle d’imaginer « un nouvel horizon pour la France ».

La métaphore nous renvoie à cette ligne qui recule au fur et à mesure qu’on avance : difficile à décrypter, si ce n’est que l’idée d’avancer peut être rapprochée de celle de la marche et de la revendication « progressiste » de l’actuelle majorité présidentielle. Mais l’horizon se définit d’abord comme une limite, celle de notre vue sur une planète sphérique (le mot vient du grec horizein, qui signifie « borner ») – ce qui pourrait évoquer une autolimitation des ambitions du nouveau venu : hypothèse improbable, sauf à se fixer comme objectif le dépassement de l’horizon, comme John F. Kennedy voulait le faire de sa « nouvelle frontière ». La mise au pluriel ne clarifie pas le propos : peut-on avancer dans tous les sens, avec des limites de toutes parts ? Alors, peut-être faut-il penser à une autre façon de définir l’horizon : la rencontre du ciel et de la mer. L’omniprésence du bleu sur le site irait dans ce sens – en même temps qu’elle reprend la couleur emblématique de la droite française… qui est aussi la préférée des Français (et d’autres dans le monde). Avec possiblement une chambre bleu horizon en vue pour juin 2022, et la conjuration du danger d’un retour des « Gilets jaunes ».

Edouard Philippe nous suggère une autre clé d’interprétation du nom qu’il a choisi. Il s’agirait de « voir loin pour faire bien », « pour que notre pays puisse regarder loin ». Son parti serait alors celui de l’anticipation, de la priorité du long terme sur le court terme. D’où sans doute celle donnée au remboursement de la dette ou au recul de l’âge de la retraite…

On est en fait en présence d’un nom-slogan au contenu flou, destiné d’abord à séduire les électeurs sans référence précise. Comme le nom d’un parti est à la fois celui d’une entreprise et celui du produit qu’elle offre, il est clair qu’aujourd’hui, la marque l’emporte sur la raison sociale. Car il s’agit bien de proposer « une nouvelle offre politique », sans que l’étiquette dise grand-chose du contenu.

Posted in Figurez-vous…Tagged dénomination, métaphore, slogan

« Les délinquants français en prison, les étrangers, dans l’avion »

20 septembre 202120 septembre 2021 Paul Bacot

https://www.midilibre.fr/2021/09/12/presidentielle-2022-les-etrangers-dans-lavion-marine-le-pen-lance-sa-campagne-ce-dimanche-9785283.php

Marine Le Pen, Fréjus, 12 septembre 2021 (MAXPPP IAN LANGSDON)

On ne pouvait s’empêcher de penser au proverbe « Noël au balcon, Pâques aux tisons ! » en entendant Marine Le Pen déclarer à Fréjus, le 12 septembre : « Les délinquants français en prison, les étrangers, dans l’avion ! ». L’homéotéleute – c’est-à-dire la présence de syllabes finales identiques phoniquement – est souvent porteur d’un effet de comique. A fortiori, l’emploi de cette figure de style, renforcée par une commune assonance en « on », conférait au propos de la ci-devant présidente du ci-devant Front national une légèreté peu adaptée, ni à la solennité de l’élection présidentielle, ni à la gravité des problèmes liés à l’immigration et à l’insécurité. Peut-être même certains auditeurs de la candidate auront-ils repensé à la parodie d’un ancien chant de supporters prêtée aux Bleus lors de leur retour prématuré de Knysna en 2010 : « On est dans l’avion, on est dans l’avion… ! »

La candidate éprouverait-elle décidément de la difficulté à se construire un éthos de présidentiable ? Ou bien concèderait-elle inconsciemment le caractère pour le moins simpliste si ce n’est peu sérieux de sa proposition ? Toujours est-il qu’au-delà de ce qui pourrait apparaître comme un lapsus d’autodérision, rabaissant ce qui aurait dû être un slogan politique en une boutade de comptoir, ses partisans auront été satisfaits d’entendre cette nouvelle mise en mots du clivage constitutif de leur courant politique : les Français (même délinquants) versus les étrangers. Quant à la métonymie de « l’avion », loin d’avoir la fraîcheur de la créativité rhétorique, elle était constitutive d’un lieu commun, depuis l’initiative du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua expulsant en 1986 par « charter » une centaine de Maliens jugés indésirables. Comme il le disait si bien, ils ont bien « les mêmes valeurs »…

Posted in Figurez-vous…Tagged assonance, autodérision, éthos, homéotéleute, lapsus, lieu commun, métonymie, parodie, proverbe, slogan

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