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Étiquette : personnification

« le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien »

3 juin 20175 juin 2017 Sarah Al-Matary

Emmanuel Macron, Etel, 2 juin 2017

 

Emmanuel Macron n’a pas eu besoin de migrer pour commettre une énième bourde à propos de l’outre-mer. En visite au Centre régional de surveillance et de sauvetage atlantique d’Etel dans le Morbihan, il a cru bon d’illustrer sa connaissance des différentes embarcations par une boutade, faite toutes voiles dehors : « le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien ». Cette sortie a fait scandale, non seulement parce qu’elle traite un drame humain sur le mode de la plaisanterie, mais parce que le chef de l’État y utilise un article partitif (« du ») qui réifie les individus concernés ‒ en l’occurrence, les milliers de Comoriens risquant leurs vies sur de frêles esquifs dans l’espoir d’un avenir meilleur. Or l’article partitif détermine le plus souvent un inanimé, souvent indénombrable (« du pain », du « courage ») ; il n’est généralement utilisé avec un animé que lorsque ce dernier est un animal consommable (« du poisson »). Ici, l’embarcation personnifiée « pêche peu » ; ce n’est pas du poisson qu’elle rapporte hélas, mais bien des hommes. Et ces derniers n’arrivent pas toujours vivants. Employé avec un animé, le partitif entraîne une forme de généralisation dont la valeur péjorative est fréquemment exploitée par les discours de haine (« bouffer du curé », « casser du nègre »). E. Macron souhaitait prouver sa maîtrise des classifications maritimes ; il s’est trouvé embarqué – malgré lui ? – dans une typologie discriminante.

Crédits photo : RICHARD DE HULLESSEN

Posted in Figurez-vous…Tagged généralisation, personnification, réification

« La République en marche »

10 mai 201710 mai 2017 Sarah Al-Matary

(conférence de presse, 8 mai 2017)

Au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de notre pays, En marche ! est rebaptisé La République en marche. Cette mue tend à favoriser le rassemblement d’un large front républicain en dépersonnalisant un mouvement jusqu’alors largement identifié à son fondateur, qui lui avait prêté jusqu’à ses initiales. Une évolution confortée par le fait que Catherine Barbaroux prenne temporairement la tête de La République en marche, appelé à devenir un parti politique. Le choix d’une femme doit-il favoriser l’association entre le futur parti et la République ? C’est en tout cas sous la forme allégorique d’une femme entrant d’un bon pas dans le XXe siècle que le sculpteur Jules Dalou imaginait la République, quand d’autres artistes la représentaient assise en majesté. Place de la Nation à Paris, l’ensemble qu’il a intitulé Le Triomphe de la République (1899) donne ainsi à voir Marianne debout sur un char en mouvement, au centre d’un bassin animé de jets d’eau. C’est dans cette tradition républicaine qu’E. Macron inscrit la dynamique qui lui a permis de battre Marine Le Pen, tout en marquant le passage à une nouvelle ère politique. Une conception énergique et combative dont les Français ignorent finalement les ambitions, comme ils ignorent vers quoi marche la République personnifiée. Dans la rhétorique issue de la Révolution, sa destination reste en effet implicite : elle suivrait le mouvement du progrès vers la liberté, la justice, la raison et la démocratie. On en oublierait les connotations bellicistes et coloniales de la locution « en marche » !

Crédits photo : Frédéric Robin.

 

Posted in Figurez-vous…Tagged allégorie, personnification

« faire entendre le camp des travailleurs »

9 avril 20179 avril 2017 Sarah Al-Matary
©Sipa

Nathalie Arthaud, Le Grand débat, BFMTV, 4 avril 2017

Si les slogans des présidentiables gomment ordinairement les marques personnelles (En Marche !, qui reprend les initiales d’Emmanuel Macron, constitue un hapax, c’est-à-dire un cas isolé), celui de Lutte Ouvrière en fait un impératif idéologique, Nathalie Arthaud se présentant comme simple porte-parole du « camp des travailleurs ». La puissance performative de ce mot d’ordre est apparue lors du débat télévisé qui a permis à la candidate communiste de défendre son programme devant des millions de télespectateurs. Par sa structure, le slogan « faire entendre le camp des travailleurs » semble très proche de celui qu’a choisi le socialiste Benoît Hamon, « faire battre le cœur de la France ». Tous deux sont en effet fondés sur une périphrase verbale (faire + infinitif) suivie d’un complément du nom, qui invite à l’action ; mais ils s’avèrent en réalité antithétiques. Là où Benoît Hamon associe synecdoque et personnification, LO fait un usage moins abstrait de cette dernière figure, en prétendant « faire entendre le camp des travailleurs » plutôt que « les travailleurs » tout court. Lorsqu’on rapproche les deux formules, le jeu des sonorités (« cœur », « camp » ; « cœur », « travailleurs ») favorise à la fois l’analogie (le cœur de la France, ce sont les travailleurs) et le renversement, puisque « camp » isole les travailleurs du reste de la population. Vision clivée, où la classe ‒ qui ne connaît pas de frontières ‒ l’emporte sur la communauté nationale. Sont effacés au passage les accents patriotico-érotiques du slogan hamonien (on se souvient qu’au début de la Grande guerre, la propagande vantait l’uniforme des soldats, ce « pantalon garance où bat le cœur de la France »). De façon très pragmatique, pour N. Arthaud, seul importe de donner sa voix pour donner de la voix.

Posted in Figurez-vous…Tagged analogie, antithèse, hapax, périphrase verbale, personnification, synecdoque

“Fillon est le candidat de la raison”

8 avril 20178 avril 2017 Chloé Gaboriaux

(Jérôme Chartier, Le Figaro, 3 avril 2017)
La construction “candidat de” + substantif est bien sûr de toutes les campagnes électorales, généralement pour faire référence au groupe dont le prétendant à l’élection se veut le porte-parole : “candidat des travailleurs”, “candidat du peuple”, ou, plus étrange, “candidate de la France du peuple”. Parfois, le complément du nom est plus abstrait, comme ici dans la bouche de Jérôme Chartier. S’agit-il d’une allégorie, laissant entendre que la Raison, à la faveur d’une personnification, aurait choisi son camp ? Ou faut-il plutôt y voir une métonymie, qui désigne les électeurs raisonnables par le principe qui les guide ? Quoi qu’il en soit, le député LR semble s’être fait une raison : ce n’est pas son coeur qui lui dictera son vote !
Crédits photo : Jean-Christophe Marmara/JC Marmara/Le Figaro

Posted in Figurez-vous…Tagged allégorie, Jérôme Chartier, métonymie, personnification

« le hollandisme a montré son vrai visage »

11 mars 201711 mars 2017 Sarah Al-Matary

(François Fillon au Trocadéro, 5 mars 2017)

Fillon ne nomme pas directement le président de la République en exercice : l’ayant désigné par une périphrase qui le diminue en rappelant ses anciennes fonctions de « premier secrétaire du parti socialiste », comme si F. Hollande n’avait jamais eu la stature d’un homme d’État, et avait « géré » plutôt que « gouverné » le pays à la manière d’une simple organisation partisane, l’orateur glisse par substantivation de l’individu à sa politique. À travers la personnification métaphorique, Hollande est confondu avec ce que Fillon présente comme la méthode de son gouvernement : « ces synthèses impossibles, cette alternance d’attentisme et d’activisme poussif et brouillon, cette crainte constante d’affirmer clairement un cap, préférant caboter le long de l’actualité ». Le dernier terme de l’énumération rappelle qu’en 2011, J.-L. Mélenchon avait qualifié Hollande de « capitaine de pédalo pendant la tempête »… Et confirme que les propos de Fillon relèvent bien du portrait moral, ou éthopée.

Posted in Figurez-vous…Tagged énumération, éthopée, métaphore, périphrase, personnification

“Faire battre le coeur de la France”

26 janvier 20179 mars 2017 Chloé Gaboriaux

(Benoît Hamon, slogan sur l’affiche des primaires de la gauche)

Benoît Hamon choisit la personnification pour décrire la France comme une femme amoureuse ou impatiente de l’avenir, touchée au plus profond de son coeur et quoi qu’il en soit vivante. Une référence discrète au “monopole du coeur” que
Valéry Giscard D’Estaing contesta à François Mitterrand (1974) ? Ou à l’expression “avoir le
coeur à gauche” qui renverrait ses adversaires à la droite du PS ? Bien sûr, par synecdoque, France vaut pour les Français, que Benoît Hamon aimerait aussi faire vibrer !

Posted in Figurez-vous…Tagged Benoît Hamon, personnification, synecdoque

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