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Étiquette : périphrase

“Pour un nouvel Epinay de la gauche”

7 mars 20207 mars 2020 Paul Bacot

Tribune, Le Monde, 4 mars 2020

Dénommer le congrès d’un parti politique par le nom de la ville dans lequel il s’est tenu relève bien sûr de la métonymie. Ainsi en va-t-il de la relation entre l’accession de François Mitterrand à la tête du PS et la ville d’Epinay-sur-Seine, dont le nom est raccourci pour les besoins de l’opération : Epinay n’est alors plus le nom d’une localité, mais celle d’une réunion restée historique, celle qui a vu la dernière étape de la transformation du Parti socialiste, Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), en Parti socialiste – tout court, dénomination souvent ramenée à sa siglaison PS. Le Parti d’Epinay était né, en cette fin de printemps 1971. En quelques mois, la fort délabrée Vieille maison (périphrase métaphorique référant au discours de Léon Blum au congrès de Tours) était transformée en un puissant outil de conquête du pouvoir, portant son leader à l’Elysée dix ans plus tard, après avoir conduit tant de ses militants dans de nombreuses assemblées régionales, départementales et municipales.

Le côté quasiment miraculeux du processus justifie le passage de la métonymie à l’antonomase. On va dorénavant parler d’un Epinay pour dénommer un congrès susceptible de transformer, sinon le plomb en or, du moins l’émiettement en rassemblement et les défaites lancinantes en victoires éclatantes ! Rien de surprenant dès lors à ce que fleurissent, aux lendemains de la double scission macronienne et hamoniste, des déclarations demandant un nouvel Epinay ou suggérant de refaire Epinay. Dernier appel en date, particulièrement remarquable par la qualité de ses signataires, tous mitterrandistes de la première heure et anciens dignitaires des deux septennats de l’auteur du Coup d’Etat permanent, celui publié par Le Monde du 4 mars 2020 et intitulé : « Pour un nouvel Epinay de la gauche ! »[1]. Le titre est reformulé plus explicitement dans le corps du texte : « un nouvel Epinay, de toute la gauche cette fois ». L’antonomase ainsi précisée s’en trouve appauvrie.

            En effet, on peut se demander si ce rassemblement des « Verts, Insoumis, Communistes, Socialistes, Radicaux, etc. »  ne fait pas plus penser au congrès de 1905 dit, là encore par métonymie, du Globe parce qu’il s’était tenu dans la salle portant ce nom, à Paris. Le congrès d’Epinay ne créait pas à proprement parler un nouveau parti : il s’agissait toujours du Parti socialiste, qui gardait son siège central, ses locaux départementaux et communaux ou cantonaux, ses permanents. Juridiquement, il n’y eut aucune solution de continuité (toujours pour parler à la manière de Léon Blum) : le Parti socialiste (PS) continuait purement et simplement le Parti socialiste (SFIO) – lequel avait d’ailleurs abandonné ce sous-nom depuis déjà deux ans. 

La comparaison, constitutive de l’antonomase, semble bien plus pertinente entre ce à quoi appelle le texte récemment publié et le congrès du Globe, qu’entre ledit souhait et le congrès d’Epinay. Il s’agit bien de fusionner des organisations existantes en un parti nouveau, et non de transformer un parti existant. Mais il est vrai que tant le Globe qu’Epinay ont été appelés congrès de l’unité. Peut-être un troisième congrès – le troisième congrès majeur de l’histoire socialiste française – pourrait être aussi convoqué : celui de Tours, qui connut la grande scission et la création du Parti communiste. Le projet de rassembler à nouveau communistes et socialistes reviendrait en effet à « refaire un congrès de Tours à l’envers », comme l’écrivait Julien Dray[2] – pour écarter cette hypothèse.

Mais en tout état de cause, la référence au congrès d’Epinay est aujourd’hui beaucoup plus parlante que celle au congrès du Globe, et celle au congrès de Tours commence à s’obscurcir – cent ans déjà ! Or, pour fonctionner, l’antonomase doit parler…


[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/03/pour-un-nouvel-epinay-de-la-gauche_6031610_3232.html  

[2] Dray (Julien), Ce qu’il faut changer au Parti socialiste, Grasset, 2003.

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“les héritiers de Charles Maurras et du général Boulanger, les nostalgiques de la colonisation, se prétendent les champions des ouvriers et des employés”

17 avril 201717 avril 2017 Chloé Gaboriaux

(Christiane Taubira, Lens, 15 avril 2017)

A Lens pour soutenir Frédérique Masson, candidate PS aux élections législatives, Christiane Taubira concentre ses attaques sur le Front national, mais sans le citer. C’est en effet par une périphrase que ce dernier est évoqué. La figure de style lui permet de marquer son mépris pour ce parti, qui ne mérite pas d’être nommé, tout en en dévoilant les racines mêlées : le général Boulanger, républicain radical tenté dans les années 1880 par l’aventure plébiscitaire ; le royaliste Charles Maurras, dont la Ligue d’action française fondée au début du XXe siècle professe un nationalisme antiparlementaire, xénophobe et antisémite ; les “nostalgiques de la colonisation”, confondus dans une même réprobation. Avec des ancêtres pareils, comment l’extrême-droite pourrait-elle défendre les plus faibles ? L’argument ad hominem est habile, mais ces références historiques sont-elles connues de tous ?

Crédits photo : AFP Kenzo Tribouillard

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« il y a quelque chose de pourri à la tête du Medef »

12 avril 201712 avril 2017 Sarah Al-Matary

(Benoît Hamon, conférence de presse, Paris, 10 avril 2017)

Indigné que Pierre Gattaz le rapproche du Front national, Benoît Hamon estime qu’« il y a quelque chose de pourri à la tête du Medef ». Un trait qui ne manque pas de mordant, puisque la citation de l’Hamlet de Shakespeare ‒ « il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark » (c’est Marcellus qui parle, à l’acte I, scène 4) ‒, détournée, forme une périphrase faussement évasive désignant Gattaz lui-même. Mais le président du Mouvement des entreprises de France y est réifié par l’indéfini « quelque chose », qui introduit le groupe centré sur l’adjectif « pourri ». Au sens propre, ce terme décrit l’altération organique d’un végétal ou d’une charogne ; au figuré, une personne qui a perdu ses qualités – notamment morales. B. Hamon exploite habilement la syllepse : l’attaque de Gattaz portait sur son programme économique ? Il réplique en utilisant une expression proverbiale marquant une aberration, un scandale, alors que les affaires financières qui pèsent sur François Fillon – candidat proche du Medef – occupent les esprits. Une manière de faire écho, sans démagogie, au « tous pourris ! » dénonçant la corruption qui s’est généralisée depuis que l’argent est roi en politique. Consciemment ou consciemment, le déplacement effectué par Hamon remotive enfin la traduction littérale du « Something is rotten in the state of Denmark » (« quelque chose est pourri dans l’État de Danemark »), « tête » rappelant par ses sonorités « state ». Hamon se prend-il pour Hamlet, regardant dans les yeux un Capital déjà mort ? Décidément, cette campagne vire à la tragédie…

crédits photo : Marc Chaumeil pour Libération

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« La France est une université des djihadistes »

7 avril 20178 avril 2017 Sarah Al-Matary
(Marine Le Pen, Le Grand débat, BFMTV, 4 avril 2017)

Là où les spectateurs du Grand débat attendaient le mot « pépinière » ‒ qui appelle un complément du nom, et possède une double valence positive et négative ‒, Marine Le Pen préfère un terme moins abstrait, évoquant une institution : ces établissements d’enseignement supérieur auxquels notre pays doit une partie de son prestige culturel. En faisant de la France une « université des djihadistes », l’oratrice substitue à l’imaginaire végétal, cher aux nationalistes (au sens propre, on nomme « pépinière » un terrain sur lequel on fait pousser de jeunes végétaux) une métaphore éducative d’ordinaire jugée valorisante. Insinue-t-elle que l’école républicaine ouverte à tous a pu jouer un rôle dans la fabrique d’un terrorisme du terroir ? Une périphrase renforce le caractère répulsif de cette évocation, en rapprochant d’une entité nationale bien identifiée, et désignée au singulier, une réalité où le pluriel suggère la prolifération.

Crédits photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

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« Il pourfendait les ‘pères la rigueur’ qui – on le sait maintenant – ne sont pas toujours des parangons de vertu »

31 mars 201731 mars 2017 Sarah Al-Matary

(François Hollande, hommage à Henri Emmanuelli, 25 mars 2017)

François Hollande, qu’Arnaud Montebourg avait jadis taxé, par une périphrase, de « Père la rigueur », s’identifie à Henri Emmanuelli, auquel il rend un dernier hommage : si son ancien camarade a été contraint de prendre des mesures restrictives en matière d’économie, ce choix conjoncturel a été guidé par une volonté d’équité ; il ne l’a pas empêché de « pourfend[re] les “pères la rigueur” qui – on le sait maintenant – ne sont pas toujours des parangons de vertu ». Par l’incise où il désigne implicitement François Fillon ‒ signalé dans le trio comme le véritable rigoriste ‒ le Président inverse l’équivalence attendue entre « pères la rigueur » et « parangons de vertu ». L’antithèse joue sur l’effet de parallélisme pour caricaturer Fillon et l’identifier à une qualité prise en mauvaise part (« père » répond à « parangon » jusque dans les sonorités, « rigueur » fait écho à « vertu »). Le pluriel contredit pourtant l’exceptionnalité du candidat LR, en signalant qu’il n’est qu’un avatar d’un type que les socialistes ont toujours su démasquer… La double antonomase lui coûte sa position : le bon père de famille s’avère un mauvais compère ; entré en Monsieur dans l’arène politique, il s’y trouve dégradé, victime d’avoir voulu devenir populaire.

Merci à Yannick Chevalier de m’avoir accompagnée sur le praticable.

Posted in Figurez-vous…Tagged antithèse, antonomase, François Hollande, parallélisme, périphrase

« le hollandisme a montré son vrai visage »

11 mars 201711 mars 2017 Sarah Al-Matary

(François Fillon au Trocadéro, 5 mars 2017)

Fillon ne nomme pas directement le président de la République en exercice : l’ayant désigné par une périphrase qui le diminue en rappelant ses anciennes fonctions de « premier secrétaire du parti socialiste », comme si F. Hollande n’avait jamais eu la stature d’un homme d’État, et avait « géré » plutôt que « gouverné » le pays à la manière d’une simple organisation partisane, l’orateur glisse par substantivation de l’individu à sa politique. À travers la personnification métaphorique, Hollande est confondu avec ce que Fillon présente comme la méthode de son gouvernement : « ces synthèses impossibles, cette alternance d’attentisme et d’activisme poussif et brouillon, cette crainte constante d’affirmer clairement un cap, préférant caboter le long de l’actualité ». Le dernier terme de l’énumération rappelle qu’en 2011, J.-L. Mélenchon avait qualifié Hollande de « capitaine de pédalo pendant la tempête »… Et confirme que les propos de Fillon relèvent bien du portrait moral, ou éthopée.

Posted in Figurez-vous…Tagged énumération, éthopée, métaphore, périphrase, personnification

« Moi, je suis le candidat de la feuille de paie. Je ne veux pas, je ne voudrais pas que mon ami Benoît Hamon se retrouve être le candidat de la feuille d’impôt »

26 janvier 20179 mars 2017 Sarah Al-Matary

(Manuel Valls, débat télévisé du 25 janvier 2017)

Le 25 janvier 2017, Manuels Valls déclare lors du débat télévisé qui l’oppose à Benoît Hamon : « Moi, je suis le candidat de la feuille de paie. Je ne veux pas, je ne voudrais pas que mon ami Benoît Hamon se retrouve être le candidat de la feuille d’impôt ». Dans cet entre-deux tours destiné à différencier les candidats de la primaire, l’antithèse fonctionne d’autant mieux qu’elle s’appuie sur un parallélisme : malgré ses positions sur la Loi travail, M. Valls se place en bienfaiteur du salarié ‒ pour ce faire, il reprend une périphrase ailleurs utilisée par Arnaud Montebourg ‒ ; il conteste en outre le rôle social que la gauche accorde couramment à l’impôt, en condamnant par prétérition le coût du revenu universel défendu par son adversaire.

Posted in Figurez-vous…Tagged antithèse, Manuel Valls, parallélisme, périphrase, prétérition

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