En couverture de Franc-Tireur n°26, surmontés du titre « Nupes : le miroir aux girouettes », un triste Yannick Jadot, un Fabien Roussel dépité et ahuri, un aimable Olivier Faure qui n’y voit que du feu, petit paradigme unifié par l’isotopie /représentant d’un parti politique de gauche/, se retrouvent face à une sucette qui, de sa tête de Jean-Luc Mélenchon à elle incorporée par métaphore-valise, leur tire la langue et les nargue. On comprend immédiatement que ces girouettes, en une métaphore iconico-verbale in præsentia, ils les sont. Et qu’il n’est vraiment pas loin, le marché de dupes – dupes, ce paronyme si proche de « Nupes », qui commence lui aussi par une consonne apico-alvéolaire voisée… De forts indices de délittéralisation évincent en effet d’entrée de jeu les /girouettes qui pivotent pour indiquer la direction du vent/ : ces objets ne se chassent pas. En revanche les /personnes changeantes/, si – par une métaphore diagrammatique figée, les girouettes suivent par nature la direction du vent comme les personnes changeantes acceptent par nature les choix qui se présentent à eux. Or le miroir aux alouettes évoqué par dialogisme grâce à la substitution, à « alouettes », de « girouettes », isorythmique et homéotéleute, fait de « Nupes » un stratagème de chasse (métaphore de nouveau, elle aussi in præsentia) – les trois hommes se laissent capturer comme de nigaudes alouettes, en pire encore : ils sont attirés et moqués, pour toute consolation, par une friandise d’enfant.
Étiquette : métaphore-valise
Macroléon
Au festival de Mayence, en Allemagne, en février 2018 (Fabian Sommer/picture alliance / Fabian Sommer/dpa), Libération, 26 avril 2021, p. 20-21.
En publiant une image prise à Mayence en février 2018, Libération exploite et illustre le rôle du contexte dans la rhétorique des discours. Aussi bien en 2018 qu’en 2021 on a une métaphore-valise, ici bidimensionnelle, là tridimensionnelle : sur un char sont fusionnés la tête de Macron et le corps de Napoléon 1er. Les deux sont reconnaissables à des signes distinctifs : le second à l’uniforme galonné qui lui est associé dans l’iconographie, à un geste tout aussi codifié (main glissée entre deux boutons de la redingote), auquel s’ajoute le geste de l’oncle Sam puisé dans notre vaste mémoire dialogique (main et index tendus vers l’avant), rappelant pour nous, en évoquant un moderne « empire », l’essence entièrement militaire et conquérante de sa mémoire ; le premier à son classique nez busqué, à sa bouche mince, au regard de défi de ses yeux rapprochés, à son alopécie naissante de part et d’autre du front, signes en voie de codification. Dans les deux cas il y a propagation de propriétés de Napoléon 1er à Macron, référent du discours. Mais si en 2018 on assignait là un modèle impérial à une gouvernance « jupitérienne », en 2021 la photographie illustre un article de Louis-Georges Tin pointant la contradiction qu’il y a à vouloir commémorer, le 5 mai, celui qui a rétabli l’esclavage, tout en voulant célébrer comme président, le 10 mai, son abolition. Or la métaphore-valise ne renvoie pas dos-à-dos deux faces, ici antithétiques, du « en même temps » : c’est Napoléon 1er, non Macron, le phore (l’élément auquel on attribue un sens métaphorique) appartenant à la diégèse (l’univers du récit que l’on est appelé à imaginer) ; et sa face impériale, son projet de conquête (l’Occident doit dominer le monde, quoi qu’il en coûte), font de l’autre face, respectueuse des droits de l’homme, une façade de pure forme.
Deux plafonds de verre et une vitre
La stature victorieuse, solidement appuyée sur un bureau élyséen sur fond de lambris dorés, drapeaux français et européen à ses côtés, Marine Le Pen pulvérise sa cage de verre à la une de L’Express, traduction iconique d’une métaphore linguistique — « la fin du plafond de verre », titre le quotidien pour annoncer la fin de la limite invisible qui cantonnait les avancées de son mouvement, ex-FN rebaptisé RN.
Le « plafond de verre » est généralement associé à la discrimination exercée à l’encontre des femmes, en écho à la traduction française du titre d’un film d’Elia Kazan, Le Mur invisible (Gentleman’s Agreement, 1947). L’application de l’expression à Marine Le Pen a pu être jugée malheureuse, le mouvement libérateur se l’étant en quelque sorte appropriée, surtout depuis #MeToo : historicité du dialogisme, qui dessert ici le propos.
Sa traduction iconique échoue d’ailleurs aussi. Sans le titre, la double particularité du « plafond » disparaît (il est au-dessus de la tête, et comme les murs ou le plancher dont il est l’exact opposé, il confine l’espace) : à l’évidence, un mur de verre explose sous l’avancée frontale de la présidente du FN. D’ailleurs, cette explosion du plafond, le dossier s’en rit et on trouve à l’intérieur du magazine une autre image, métaphore-valise cette fois : Marine Le Pen, tête récriminante, y surgit d’une urne de verre comme un diable d’une boîte et quoi qu’il en soit de la différence entre les plafonds et les couvercles, nous sommes au rayon farces et attrapes. La victoire possible est dérisoire, mieux, c’est une blague.
Mais en couverture, implicitement, la métaphore iconique tient un discours tout autre. Produit d’appel affiché chez les marchands de journaux, sur les colonnes Morris, Marine Le Pen, aquarellisée et cadrée comme pour une couverture de fanzine, est une sorte de héros paramilitaire ou de King Kong révélé qui, ayant fait voler en éclats sa vitre protectrice, se libère : gare.