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Étiquette : métaphore implicite

“Le Pen à l’Elysée : le danger se précise”

4 mai 20214 mai 2021 Hugues Constantin de Chanay
Libération, jeudi 23 avril 2021

Marine Le Pen, dit le texte de Libération, est un danger ; les images intensifient ce propos. L’image à droite la montre floutée de manière à ce que son visage évoque à la fois, par métaphore implicite, une tête de mort, un heaume médiéval et Alien IV (la ressemblance est frappante, sans doute l’iconographie va-t-elle puiser dans les archétypes du visage du mal, yeux larges et aveugles, bouche trompeuse), ce qui convoie une première isotopie, /adversaire hostile/, voire /mortel/. En bas à gauche, cadrée en très gros plan, à demi masquée, un unique œil apparent, comme embusquée, elle évoque par métonymie un espionnage inquiétant. Le tout est unifié par une isotopie de la /menace/.

Une métaphore de base visuelle unit en outre les deux images en regard : plus la forme d’un objet est nette, plus la réalité de sa présence est vraisemblable (par opposition à tout ce qui est « flou », « nuageux », « impressionniste », etc.). L’énoncé linguistique – « le danger se précise » –  place Marine Le Pen du côté du vraisemblable. L’image, un peu floue, permet déjà la reconnaissance et la représente comme une créature malveillante sur le point de remonter à la surface de l’eau ou d’émerger du brouillard.

Posted in Figurez-vous…Tagged archétype, iconographie, métaphore de base, métaphore implicite, métonymie

Dune enlisée

26 mars 202126 mars 2021 Hugues Constantin de Chanay

 Le 16 février 2021, à l’occasion d’une visioconférence consacrée au Sahel, Emmanuel Macron affrontait le dilemme suivant : rester au Sahel où l’armée française est présente avec l’opération Barkhane ; ou bien le quitter au risque de la « talibanisation », car l’opération « s’enlise » (Marianne, 19 mars). Et pourquoi donc ? Willem répond le même jour dans Libération.

L’armée est doublement inadaptée.

D’abord elle n’est vraiment pas de taille. Une antithèse oppose dans le dessin de Willem le petit nombre des militaires (très exactement une poignée : cinq), au grand nombre des potentiels djihadistes. Le dessin opère de ces derniers, représentés par leur stéréotype (crânes rasés et barbes sans moustache des salafistes) une quantification indéfinie en ne faisant qu’esquisser le sommet lointain des crânes et en laissant des blancs (donc il y en a beaucoup et ils sont innombrables).

Ensuite et surtout il y a l’antithèse principale : pour les cinq militaires, il n’y a aucun djihadiste ; mais pour le lecteur, ils grouillent. Le dessin, polyphonique, met en scène et hiérarchise deux points de vue. Les voyant du dessus, les militaires peuvent prendre les crânes pour des cailloux. Mais les voyant de face, le lecteur a de manière décisive un point de vue plus ample : ce sont des salafistes. Les militaires ont la berlue. Déjà mal outillés dans leur petit bus cahotant (métonymie de l’instrument et synecdoque de la partie), ils sont tout bonnement aveugles à l’océan (métaphore implicite) des djihadistes : ils ne trouveraient pas d’eau dans la mer.

Posted in Figurez-vous…Tagged antithèse, métaphore implicite, métonymie, polyphonie, quantification indéfinie, stéréotype, synecdoque

Le grand remplacement

18 décembre 201915 décembre 2020 Hugues Constantin de Chanay

Dessin de Kiro paru dans Le Canard enchaîné du 4 décembre 2019

Le 25 novembre, Jean-Paul Delevoye déclare à Créteil que l’immigration sera nécessaire « pour équilibrer la population active en 2050 en Europe ». Tollé à droite devant cette justification de l’immigration. Le 4 décembre, le Canard persifle celui qui prête si facilement le flanc au soupçon d’une stratégie immigrationniste.

Car enflé du cou comme un dindon, auto-satisfait voire fat (les dictionnaires de langue reconnaissent au dindon un caractère « batailleur, avantageux, lourd et stupide »), les mains élevées le long du buste comme deux ailes au repos, le crâne petit, les cheveux s’y épanouissant comme une crête ou un plumage, Delevoye est ici le stéréotype du dindon (et tant pis si le dindon n’a pas de crête). Sa caricature – hyperbolisation des traits distinctifs ou parfois pure invention : son cou est volumineux, mais pas jusqu’au jabot ; son crâne n’a rien d’étroit – est nécessaire à la métaphore implicite : le dindon de la basse-cour importe finalement peu. Ce qui compte, c’est l’enflure sourde d’un être isolé du monde et tout occupé à glouglouter (concentré sur lui-même, Delevoye discoureur et placide est entouré d’un grand fond blanc).

Mais c’est aussi l’ingénuité de la volaille. « Le grand remplacement », c’est l’expression labellisée par l’extrême droite complotiste pour dénoncer, précisément, l’immigration. Delevoye, inconscient de cette modalisation autonymique qui d’un mot l’affilie au camp adverse, mettant lourdement les pieds dans le plat, ruine des décennies de discours d’ouverture.

Posted in Figurez-vous…Tagged analyse d’image, caricature, hyperbolisation, métaphore implicite, modalisation antonymique, stéréotype

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