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Étiquette : homéoptote

« Chez nous, […] pas de débauchage, pas de marchandage, pas de parachutage »

21 mai 201722 mai 2017 Sarah Al-Matary

Valérie Pécresse, Parc floral du bois de Vincennes, 20 avril 2017

Que le nouveau premier ministre soit issu des rangs LR n’incite pas Valérie Pécresse à se mettre dans le sens de la marche ; au contraire, elle oppose la stratégie adoptée par son parti en vue des législatives à celle de LRM : « Chez nous, […] pas de débauchage, pas de marchandage, pas de parachutage ». V. Pécresse recourt à des procédés éprouvés : le parallélisme de construction allié à l’homéoptote (reprise de sonorités identiques en fin de segment) dessine un rythme ternaire qui renvoie l’adversaire à une accumulation de vices. Mais cette formulation se retourne contre l’oratrice, qui oublie que les conseillers en communication proscrivent l’utilisation de tournures négatives – surtout en tête de proposition. Non seulement elles peuvent complexifier la compréhension du message, mais elles tendent à le renverser : de cette définition en creux qui semble dénoncer un manque chez Les Républicains, l’auditeur retient au mieux les mots « débauchage », « marchandage », « parachutage », qu’il est tenté d’associer inconsciemment à la locutrice. Pour avoir voulu tirer les ficelles de la rhétorique, V. Pécresse se retrouverait-elle prise dans ses rets ?

Posted in Figurez-vous…Tagged homéoptote, opposition, parallélisme, rythme ternaire

“Ainsi donc l’imperdable a été perdu. L’impensable s’est imposé. L’impossible est advenu.”

25 avril 2017 Chloé Gaboriaux

(Alexis Brezet, Le Figaro, 24 avril 2017)

Commentant la défaite de François Fillon dès le premier tour de l’élection présidentielle, le directeur des rédactions du Figaro donne à son amertume un rythme ternaire qui rappelle tout en le renversant le “veni, vedi, vici” césarien. Le polyptote inaugural, qui reprend deux mots de la famille de “perte” (“imperdable”, “perdu”), inaugure un triple adunaton. Cette figure de style permet au journaliste d’exprimer l’impossible. Elle est ici renforcée par la répétition du préfixe privatif “in-” : l’homéoptote conjugue des sonorités (allitération en “p” et “b”, assonance en “in”) qui accentuent le sentiment d’échec et aggravent la condamnation du candidat. Ce dernier n’est même pas nommé, balayé par des tournures impersonnelles qui ne s’arrêtent que sur le résultat de sa campagne, comme si toute la droite consternée entonnait un “veni, vedi, perdidi” !

Posted in Figurez-vous…Tagged adunaton, allitération, assonance, homéoptote, polyptote

“Je pense que l’on peut faire travailler plus les gens en gagnant davantage”

21 avril 201721 avril 2017 Chloé Gaboriaux
(Emmanuel Macron, Rungis, 18 avril 2017)
A Rungis, Emmanuel Macron lance une ode au travail dont la ressemblance avec le slogan sarkozyste, “travailler plus pour gagner plus”, n’a échappé à personne. Les différences sont pourtant significatives. Adieu l’homéoptote qui rythmait l’injonction d’un “plus” conquérant : l’animateur d’En Marche! préfère éviter la répétition en recourant à l’adverbe “davantage”, dont l’étymologie renvoie plus clairement au profit. Adieu aussi l’hypozeuxe qui redoublait la construction “infinif + plus” : le favori des sondages joue avec la syntaxe en articulant un double infinitif (“faire travailler”) à la forme “en + gérondif” (“en gagnant”). Mais c’est au prix d’un solécisme qui introduit un doute sur les destinataires de la mesure. Sémantiquement, Macron vise sans doute “les gens” qu’il souhaite “faire travailler plus” mais aussi “faire gagner davantage”. Mais syntaxiquement, il fait du pronom indéfini “on” le sujet des deux verbes, comme s’il appelait les employeurs de Rungis à exploiter leurs salariés, en somme “faire travailler plus pour gagner plus” !
Crédits photo : AFP
Posted in Figurez-vous…Tagged Emmanuel Macron, homéoptote, hypozeuxe, solécisme

“Nous ne croyons pas à la fatalité d’une élection par défaut, par dépit, par déprime”

24 mars 201725 mars 2017 Chloé Gaboriaux

(Benoît Hamon, Discours de Bercy, 19 mars 2017)

De François Hollande, on a retenu les anaphores. A Bercy, dont il espérait faire son Bourget, Benoît Hamon semble avoir préféré l’homéoptote. Ce dernier fait porter la répétition non pas sur des mots ou groupes de mots placés en début de phrases mais sur des formes morphosyntaxiques. C’est le cas ici de la préposition “par” et du préfixe “dé”, qui permettent d’esquisser une gradation dans l’abattement. Dimanche dernier, le candidat PS a eu recours à cette figure de style à de nombreuses reprises, notamment dans des expressions qui visent à le démarquer de ses prédécesseurs ou adversaires : par exemple le déterminant “plusieurs” dans la reformulation d’un motif emprunté au discours du Bourget de François Hollande en 2012 (“Ce parti de l’argent a plusieurs noms, plusieurs visages, il a même plusieurs partis”) ou encore le pronom “vous” accompagné du verbe “être” et la reprise du morphème de la deuxième personne du pluriel “-ez” dans la parodie des propos d’Emmanuel Macron : “Vous êtes chômeurs ? Créez votre entreprise ! Vous êtes pauvres ? Devenez milliardaires ! Vous n’avez qu’un T-shirt ? Allez vous acheter un costume, diable !” Benoît Hamon aurait-il enfin trouvé son propre rythme ?

Posted in Figurez-vous…Tagged anaphore, gradation, homéoptote

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