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Étiquette : énallage

Allô Marlène

15 juin 202115 juin 2021 Hugues Constantin de Chanay

Source : Twitter

Il y a désormais un numéro vert pour dialoguer avec Marlène Schiappa : « Allô Marlène ». On y verra d’abord une diaphonie prospective, typique des énallages infantilisateurs (« j’insère ma carte ici », « je coche la case qui me concerne »…) : le discours que nous tiendrons est livré tout prêt. Le nom du numéro vert est fait des premiers mots de la conversation qu’il est censé permettre, ce en quoi on reconnaîtra une métonymie qui projette, à partir du moyen, dans ce que l’on désire obtenir (et précisément une métalepse, au sens de l’expression de l’antécédent pour le conséquent). Permettre d’user du prénom « Marlène », c’est pour la ministre proposer une relation amicale et intime : ah, enfin, une communication directe et vraie ! Et pour finir, par dialogisme, la ministre revendique une /disponibilité/ d’objet de consommation courante (« allô pizza », « allô sushi », « allô raclette », etc.), voire de confidente intime (« allô Macha ») incitant à la régression (« allô maman bobo »). Ainsi la politique essaie-t-elle d’investir notre vie privée…

Posted in Figurez-vous…Tagged dialogisme, diaphonie prospective, énallage, métalepse, métonymie

« La seule façon de sauver la gauche, c’est de tuer Fillon »

26 mars 201726 mars 2017 Sarah Al-Matary

(François Fillon, meeting de Biarritz, 24 mars 2017)

Les Guignols, qui raillaient jadis le fait que l’acteur Alain Delon parle de lui à la troisième personne, peuvent désormais attribuer ce trait à la marionnette de François Fillon. Ce dernier déclarait en effet le 24 mars dernier : « La seule façon de sauver la gauche, c’est de tuer Fillon ». L’énallage du pronom personnel sert ici la dramatisation du propos : Fillon se pose doublement en victime, puisqu’il est à la fois le sujet et l’objet du discours. En les prenant à son compte, il semble mimer les propos de ses adversaires, comme dans une citation. La construction joue enfin sur un effet parallélisme (« sauver » équivaut à « tuer ») couplé à une opposition (« la gauche » ‒ et plus précisément, dans l’esprit de l’orateur, le Président Hollande ‒ a fait de Fillon sa cible). Par ce dédoublement, Fillon se grandit ; il manifeste ce que l’on a nommé « le syndrome d’hybris » (ou « maladie du pouvoir »). En laissant penser que « je est un autre », ne suggère-t-il pas aussi que ce n’est pas lui le coupable ?

 

Posted in Figurez-vous…Tagged citation, énallage, parallélisme

« le centre c’est ni de gauche, ni de gauche »

26 février 20179 mars 2017 Sarah Al-Matary

(Benoît Hamon reprenant une formule de François Mitterrand, 23 février 2017)

La géométrie politique est-elle si variable qu’on le dit ? Pour Benoît Hamon comme pour tous ceux qui ont repris avant lui cette formule de François Mitterrand, « le centre c’est ni de gauche, ni de gauche ». À la tautologie attendue – le centre n’est par définition ni à gauche, ni à droite ‒ est substituée par énallage une autre évidence : le centre ne peut être confondu avec la gauche. En martelant cette évidence au moyen d’une épizeuxe (c’est-à-dire de la répétition contiguë d’un même segment), le locuteur souligne son propre positionnement, à gauche toute !

Posted in Figurez-vous…Tagged énallage, épizeuxe, tautologie

“ça nous fait marcher”

4 février 2017 Chloé Gaboriaux

(Site internet d’Emmanuel Macron, consulté le 3 février 2017)

En intitulant ainsi l’une des rubriques de son site internet, le fondateur d’En marche ! a sans doute voulu suggérer le dynamisme de son organisation, qui veut mettre en mouvement les idées et les Français. Le lecteur risque pourtant d’y voir une énallage, affichant “ça” quand on attendrait “il”. La personnalisation inhérente à l’élection présidentielle comme à la structure d’En marche ! militerait en effet pour la mise en avant d’Emmanuel Macron, acteur essentiel de ce branle-bas de combat. Mais “il nous fait marcher” renvoie immédiatement au sens figuré de la locution verbale, qui signifie alors “exploiter la crédulité de quelqu’un”… Le brillant énarque pensait-il conjurer cet insidieux soupçon en recourant à l’impersonnel “ça” ? C’est sous-estimer la puissance de l’inconscient !

Posted in Figurez-vous…Tagged Emmanuel Macron, énallage

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