Skip to content

SELP

Société d'étude des langages du politique

  • Casino en Ligne
  • Contact

Étiquette : amalgame

“Le délire transgenre”

16 juin 202120 mai 2024 Hugues Constantin de Chanay

Habituellement chargé d’attribuer au lieu qui l’affiche la propriété « gay friendly », le drapeau des fiertés étale ses couleurs pimpantes en une de Valeurs Actuelles, accompagné d’une légende péjorative : « le délire transgenre ». Entre ces deux composantes est assurée une équivalence visuelle qui facilite la rétro-propagation du jugement du second au premier : outre l’équilibre des masses, les couleurs garantissent la cohérence du message par un triple effet de rime chromatique (le jaune, le rouge, le bleu). Autrement dit, le drapeau devient /dysphorique/ dans un contexte « gay unfriendly » et la rhétorique plastique du message l’y aide.

Il y a pourtant une antithèse (escamotée) entre le multiple et l’un. Si, plutôt que de présenter le spectre continu et non dénombrable des couleurs, les six bandes colorées présentent une multiplicité, c’est parce que les couleurs de l’arc-en-ciel ont été discrétisées (présentées en valeurs « discrètes »,  c’est-à-dire discontinues), comme avant tout passage à du sémiotique (cette opération est en outre relativement arbitraire, le premier théoricien de l’arc-en-ciel, Aristote, y distinguant quatre couleurs – c’est pourquoi d’ailleurs on trouve de ce drapeau des variantes à sept ou huit bandes).

Le commentaire n’inocule pas seulement au drapeau (prêt à l’accueillir : il flotte vers la gauche, il est hors sol puisque sans hampe) l’axiologie négative du mot « délire » : le lecteur ne s’arrête pas à l’interprétation mais calcule la référence. Or celle du drapeau est déterminée par son sens. Que la source en soit par dialogisme la chanson du Magicien d’Oz (Judy Garland étant une icône gay) ou que l’interprétation soit plus directement métaphorique (et pour être précis homologique), la diversité des couleurs est chargée de représenter la diversité des situations des personnes cisgenres non hétérosexuelles ou pro-hétérosexuelles (des LGBT aux LGBTQQIAAP : lesbiennes, gay, bi, trans, queer, questionnings, intersexes, asexuel.le.s, allié.e.s, pansexuel.le.s). Or « transgenre » n’est rien de moins qu’une seule catégorie. En lui affectant le mot « délire » qui se reporte sur le drapeau, Valeurs Actuelles désigne à son lectorat l’ennemi qui se reconnaîtra au signe affiché aux portes et aux fenêtres. Mais cette réprobation est en outre implicitement argumentée, la synecdoque de la partie convoyant clandestinement un amalgame. Les transgenres s’émancipent de la nature. Donc l’homosexualité est, pour Valeurs Actuelles, contre nature : CQFD.

Posted in Figurez-vous…Tagged amalgame, antithèse, dialogisme, discrétisation, homologie, métaphore, rhétorique plastique, synecdoque

« L’islamo-gauchisme […] gangrène la société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable »

25 février 202125 février 2021 Hugues Constantin de Chanay

  Frédérique Vidal, 14 février 2021

Ces propos tenus par Frédérique Vidal ont déclenché une indignation. Pourquoi ? Toute polémique mise à part, leur ton est bien peu ministériel. Déjà, il y a l’encombrant dialogisme difficile à dissocier de cette expression lestée d’une généalogie d’extrême droite, cette dernière l’ayant récupérée pour vilipender les droits de l’homme. Mais l’expression elle-même illustre une rhétorique de pamphlet. C’est pourquoi une expression qui, à la limite, pourrait galvaniser en meeting paraît franchement déplacée dans un discours gouvernemental : pour ce genre discursif, ce n’est pas le bon éthos. L’apocope avec suffixation en -o réduit une catégorie à un stéréotype qui se préoccupe moins d’analyser que de disqualifier (les cocos, les prolos, les intellos, les écolos, les aristos…), connotation axiologique qui demeure en composition (comme dans « analyses rhétorico-politiques », qui renvoie davantage à l’argutie qu’à l’argumentation sérieuse impliquée par « analyses rhétoriques et politiques ») ; le suffixe agentif -iste signifiant l’engagement en faveur d’une cause dénonce souvent l’aveuglement idéologique et l’excès (islamistes, justement) ; et enfin la création néologique d’une catégorie homogène, comme le prétend le trait d’union proche de l’équivalence, pratique une association qui, faute d’argumentation, tend à un amalgame. Une double métaphore ancre la péjoration : la société est un corps et l’« islamo-gauchisme » une de ses maladies, reliée à la mort, au pourrissement, à la souffrance : il faut la soigner au plus vite.

Posted in Figurez-vous…Tagged amalgame, apocope, argumentation, association, dialogisme, équivalence, néologisme, pamphlet, stéréotype, suffixation, suffixe agentif

Bienvenue !

La Selp est une société d’étude qui partage des analyses du discours politique dans une dynamique interdisciplinaire et vivante. Bonne découverte de notre site !

Catégories

  • Canada
  • Européennes
  • Figurez-vous…
  • France
  • Grand Huit !
  • Lectures
  • Législatives 2022
  • Non classé
  • Présidentielle 2022
  • Le bureau actuel de la SELP
  • Adhésion
  • Liens et ressources
  • Événements
  • Nous contacter

© 2024 SELP

Proudly powered by WordPress | Theme: x-blog by wpthemespace.com