Skip to content

SELP

Société d'étude des langages du politique

  • Casino en Ligne
  • Contact

Étiquette : allégorie

« Lors d’une manifestation à Ramallah, mardi, où deux Palestiniens sont morts »

20 mai 202121 mai 2021 Hugues Constantin de Chanay

Libération, mercredi 19 mai 2021, p. 8

(légende de la photo, crédits Nasser Nasser/AP)

Le sens vient à la réalité comme il vient aux images : par métonymie et par synecdoque – en l’occurrence, l’objet pour la propriété dont il est support. Voyant un homme jeune sur fond de feux, on comprend qu’il se défend (buste oblique prêt à reculer avec souplesse, bras gauche en défense), qu’il contre-attaque (bras droit prêt à projeter on ne sait quoi, ne serait-ce qu’une pierre – geste emblématiquement sauvage, celui du David biblique terrassant Goliath), sa vulnérabilité puissante (bras nus, muscles fuselés et apparents), la destruction et le chaos (gravats, fumée, rue jonchée de pneus, vide des piétons habituels, où l’on distingue d’autres « guérilleros », et un drapeau palestinien).

Il nous parvient parce que toute image réussie porte une hypotypose (par des détails, on produit un effet de réel et on place le destinataire comme devant la réalité même). Ici l’ensemble recule devant des éléments saillants : l’homme est isolé sur un vaste fond gris ; le flou fond le décor et fait ressortir, çà et là, gravats, colonnes de fumée hautes comme les immeubles qu’on voit à peine, corps exposés. La prise de vue livre quelques mètres à parcourir à découvert. Comme si, à l’instar du protagoniste, nous devions mettre notre vie en péril.

Car l’hypotypose s’accompagne d’une proposition d’empathie avec le manifestant. Cette image est efficace parce qu’elle est esthétique et séduit. L’antithèse entre la simplicité de la mise (casquette, pull sur les hanches, t-shirt jaune roulé en une écharpe qui n’est pas le traditionnel keffieh qu’arbore derrière un autre homme) et la beauté satinée de ces bras dénudés n’y est sans doute pas pour peu. Le cadrage, les contrastes, la prédominance des formes rondes, les fumées sombres comme des nuées, évoquent dialogiquement les peintures romantiques d’orages. La palette des couleurs et la disposition des volumes sont les mêmes que dans Le Radeau de la Méduse. Par cette discrète allusion, la synecdoque de ce manifestant pour tous les Palestiniens, ainsi que sa métaphore pour les autres résistances des faibles, passent à une dimension symbolique en devenant allégoriques.

Posted in Figurez-vous…Tagged allégorie, antithèse, dialogisme, emblématique, empathie, esthétique, hypotypose, métaphore, métonymie, symbolisme, synecdoque

« L’Europe est de retour »

10 mai 201920 mai 2019 Paul Bacot

(Benjamin Griveaux, France 2, 29 mai 2017)

Le porte-parole des Républicains En Marche ne parle pas de tectonique des plaques – notre continent est toujours à la même place. Mais la métaphore du tremblement de terre n’est pas loin, l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron représentant un événement d’une force et d’une soudaineté telles que l’Europe peut revenir après avoir disparu. Benjamin Griveaux manie bien sûr la métonymie, car ce sont les dirigeants de l’Union, éliminés des tractations diplomatiques concernant la Syrie, qui reviennent dans le jeu grâce à la rencontre du président français avec Vladimir Poutine. En somme, quand le jeune vainqueur du scrutin du 7 mai traversait seul dans l’obscurité la cour du Louvre pour apparaître devant la pyramide au son de l’Hymne à la joie, c’était l’Europe qui revenait parmi les siens, après un nouvel enlèvement. L’allégorie prend rétrospectivement toute sa signification.

Crédits photo : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP/Archives

Mise en ligne : juin 2017

Posted in Européennes, Figurez-vous…Tagged allégorie, métaphore, métonymie

« La République en marche »

10 mai 201710 mai 2017 Sarah Al-Matary

(conférence de presse, 8 mai 2017)

Au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de notre pays, En marche ! est rebaptisé La République en marche. Cette mue tend à favoriser le rassemblement d’un large front républicain en dépersonnalisant un mouvement jusqu’alors largement identifié à son fondateur, qui lui avait prêté jusqu’à ses initiales. Une évolution confortée par le fait que Catherine Barbaroux prenne temporairement la tête de La République en marche, appelé à devenir un parti politique. Le choix d’une femme doit-il favoriser l’association entre le futur parti et la République ? C’est en tout cas sous la forme allégorique d’une femme entrant d’un bon pas dans le XXe siècle que le sculpteur Jules Dalou imaginait la République, quand d’autres artistes la représentaient assise en majesté. Place de la Nation à Paris, l’ensemble qu’il a intitulé Le Triomphe de la République (1899) donne ainsi à voir Marianne debout sur un char en mouvement, au centre d’un bassin animé de jets d’eau. C’est dans cette tradition républicaine qu’E. Macron inscrit la dynamique qui lui a permis de battre Marine Le Pen, tout en marquant le passage à une nouvelle ère politique. Une conception énergique et combative dont les Français ignorent finalement les ambitions, comme ils ignorent vers quoi marche la République personnifiée. Dans la rhétorique issue de la Révolution, sa destination reste en effet implicite : elle suivrait le mouvement du progrès vers la liberté, la justice, la raison et la démocratie. On en oublierait les connotations bellicistes et coloniales de la locution « en marche » !

Crédits photo : Frédéric Robin.

 

Posted in Figurez-vous…Tagged allégorie, personnification

“Fillon est le candidat de la raison”

8 avril 20178 avril 2017 Chloé Gaboriaux

(Jérôme Chartier, Le Figaro, 3 avril 2017)
La construction “candidat de” + substantif est bien sûr de toutes les campagnes électorales, généralement pour faire référence au groupe dont le prétendant à l’élection se veut le porte-parole : “candidat des travailleurs”, “candidat du peuple”, ou, plus étrange, “candidate de la France du peuple”. Parfois, le complément du nom est plus abstrait, comme ici dans la bouche de Jérôme Chartier. S’agit-il d’une allégorie, laissant entendre que la Raison, à la faveur d’une personnification, aurait choisi son camp ? Ou faut-il plutôt y voir une métonymie, qui désigne les électeurs raisonnables par le principe qui les guide ? Quoi qu’il en soit, le député LR semble s’être fait une raison : ce n’est pas son coeur qui lui dictera son vote !
Crédits photo : Jean-Christophe Marmara/JC Marmara/Le Figaro

Posted in Figurez-vous…Tagged allégorie, Jérôme Chartier, métonymie, personnification

« J’ai admiré vos pudeurs de gazelles »

23 mars 2017 Paul Bacot

(Jean-Luc Mélenchon sur TF1, 20 mars 2017)

C’est peut-être ce qui restera du premier débat de la présidentielle de 2017 : l’interpellation par Jean-Luc Mélenchon des deux journalistes qui conduisaient les échanges et venaient de manier l’euphémisme en évoquant « des affaires judiciaires concernant certains d’entre vous » (au lieu de parler carrément de la mise en examen de François Fillon et de Marine Le Pen). Mais pourquoi le « candidat de la France insoumise » a-t-il eu recours à cette métaphore animalière assez inattendue ? La réponse se trouve peut-être dans son enfance passée à Tanger, dans ce Maroc où la gazelle sert couramment de représentation allégorique de la féminité. D’ailleurs, l’avant-veille de l’émission télévisée, venait de débuter le 27e Rallye Aïcha des Gazelles, célèbre raid motorisé français organisé au royaume chérifien et exclusivement réservé aux femmes. On retrouve là le stéréotype de la pudeur considérée comme une qualité (a priori positive, mais en l’espèce plutôt négative) typiquement féminine… Un petit peu sexiste, le camarade Mélenchon ? Ou gentiment exotique ?

Posted in Figurez-vous…Tagged allégorie, métaphore

“Seule l’exemplarité peut vaincre la défiance”

20 février 201714 mars 2017 Chloé Gaboriaux

(Benoît Hamon, tweet du 16/02/2025)

Alors que les affaires Fillon et Le Pen rythment la campagne électorale, Benoît Hamon vient de rendre publique la composition de son patrimoine. Aussitôt, il tweete cette maxime, qui ressemble fort à une psychomachie : les valeurs, allégorisées, s’y livrent un combat sur la scène abstraite des sentiments politiques. Voudrait-il ainsi jouer au sage de la campagne ?

Posted in Figurez-vous…Tagged allégorie, Benoît Hamon, psychomachie

Bienvenue !

La Selp est une société d’étude qui partage des analyses du discours politique dans une dynamique interdisciplinaire et vivante. Bonne découverte de notre site !

Catégories

  • Canada
  • Européennes
  • Figurez-vous…
  • France
  • Grand Huit !
  • Lectures
  • Législatives 2022
  • Non classé
  • Présidentielle 2022
  • Le bureau actuel de la SELP
  • Adhésion
  • Liens et ressources
  • Événements
  • Nous contacter

© 2024 SELP

Proudly powered by WordPress | Theme: x-blog by wpthemespace.com