« contre les drapeaux noirs »

Emmanuel Macron, Oradour-sur-Glane, 10 juin 2017

 

Emmanuel Macron a placé sous le signe de la transmission intergénérationnelle la commémoration du massacre d’Oradour-sur-Glane. Dans un discours qu’il a tenu à adresser aux écoliers, collégiens et lycéens réunis pour la circonstance, le chef de l’État a invité à tirer les leçons du passé en luttant contre les « fanatiques en tous genres, [les] extrémistes de toutes figures ». Cet ennemi, qu’il ne nomme pas précisément, E. Macron le désigne à l’aide d’une métaphore : celle des « étendards noirs ». Le Président, en visite sur un site ravagé par les nazis en 1944, rapproche vraisemblablement l’emblème de la Waffen-SS du drapeau de l’État islamique, qui reprend le même code couleur. Mais l’allusion autorise une généralisation : quand l’orateur exhorte ses jeunes auditeurs à faire des valeurs d’« humanisme, tolérance, bienveillance, espérance » des « drapeaux contre les drapeaux noirs et le relativisme corrosif dont notre monde souffre tant », ne peut-on penser qu’il stigmatise aussi les socialistes et les anarchistes qui continuent de se reconnaître dans ces bannières de la révolte que sont les drapeaux noirs ? En somme, qu’il promeut moins la liberté de chacun que la conformité à une conception bourgeoise de la démocratie.

A propos Sarah Al-Matary

Sarah Al-Matary (université Lyon 2, UMR 5317 IHRIM) Enseignante-chercheuse spécialisée dans les relations qu’entretiennent la littérature et les idéologies aux XIXe et XXe siècles, je prête une attention particulière aux « langages du politique ». En témoigne ma thèse, consacrée à l’idée de « race », ce mot dont Maurice Tournier écrivait – alors que je n’étais encore qu’en classe de cinquième – qu’il avait « perdu la raison »… Dans cette étude comparatiste, sensible à l’écart qui séparait les usages du mot « race » en français et en espagnol, j’envisageais les différentes acceptions (biologique, mais aussi linguistique, sociale et ethnico-confessionnelle) de l’expression « race(s) latine(s) », sans oublier que cette expression ne circonscrivait pas entièrement la réalité qu’elle décrivait. Passionnée depuis lors par les discours de « réaction » ‒ d’où qu’ils émanent ‒, je m’intéresse à la polémique comme observatoire privilégié de l’histoire intellectuelle, mais aussi comme moyen de dépasser l’approche monographique et canonique de la littérature. C’est sous cet angle que je prépare une histoire de l’anti-intellectualisme en France (XIXe-XXIe siècles).

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