Vous avez voté : vivotez

Si l’on s’en tient à l’arbitraire du signe, vivoter et voter ne se ressemblent pas plus que les vaches et les cravaches. Mais pour le cratylisme, les mots ressemblent aux choses qu’ils désignent : si les mots sont semblables, alors les choses le sont. La proximité des sonorités entre « voter » et « vivoter » noue entre eux une relation de cause à effet. Le slogan serait-il alors un simple sophisme ?

À mieux y regarder, le rapprochement n’est pas fortuit mais formule brièvement un thème majeur de la révolte, toutes tendances confondues : la mesquinerie des vies est le produit direct de l’acceptation des structures de pouvoir ou, comme l’avait déjà dit La Boétie, la servitude est volontaire (la ponctuation explicite ce rapport de cause à conséquence). C’est du sérieux. Mais le slogan, lui, n’est pas sérieux et sa forme le dit.  Qui peut se laisser piéger par la fausse figure dérivative, prendre la fin du verbe « voter » pour le suffixe diminutif « –oter » (crachoter, trembloter, etc.), et ne pas percevoir, sous l’invitation finale, une pointe de mépris ? Ce faisant, le slogan étudié  milite à la fois contre le conformisme officiel et pour l’esprit fantaisiste que lui-même représente.

A propos Hugues Constantin de Chanay

Hugues Constantin de Chanay est professeur au département de Sciences du Langage de l'Université Lumière Lyon 2. Il travaille en sémantique et en analyse du discours, en intégrant aux discours les aspects non verbaux (images, intonations, gestes). Ses recherches portent tout particulièrement sur le discours politiques, notamment sur les débats d'entre-deux-tours des présidentielles françaises. Voir sa page personnelle sur le site du laboratoire ICAR.

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