Réformes chloroforme

Pour garder les militants en alerte, rien de tel qu’un slogan cadencé : « Réformes chloroforme », avec sa rime riche et son rythme entraînant (réduit à 2, puis 3 syllabes lorsqu’il est scandé), en fait partie. Les deux noms apposés sont placés dans une relation d’équivalence ; l’illustration n’explicite pas seulement le lien logique (volatiles comme le chloroforme, les réformes endorment) ; elle dénonce le travail d’intoxication mené par le gouvernement via la propagande, mais aussi des mesures supposées favoriser une sortie de crise en douceur. Il n’en est pas question ici : un individu dont on n’aperçoit que le bras plaque contre le visage d’un autre un linge anesthésiant. Image frappante, qui suggère que ni la police, ni les révolutionnaires n’ont le monopole de la violence.  Au moins ces derniers prétendent-ils rester conscients

A propos Sarah Al-Matary

Sarah Al-Matary (université Lyon 2, UMR 5317 IHRIM) Enseignante-chercheuse spécialisée dans les relations qu’entretiennent la littérature et les idéologies aux XIXe et XXe siècles, je prête une attention particulière aux « langages du politique ». En témoigne ma thèse, consacrée à l’idée de « race », ce mot dont Maurice Tournier écrivait – alors que je n’étais encore qu’en classe de cinquième – qu’il avait « perdu la raison »… Dans cette étude comparatiste, sensible à l’écart qui séparait les usages du mot « race » en français et en espagnol, j’envisageais les différentes acceptions (biologique, mais aussi linguistique, sociale et ethnico-confessionnelle) de l’expression « race(s) latine(s) », sans oublier que cette expression ne circonscrivait pas entièrement la réalité qu’elle décrivait. Passionnée depuis lors par les discours de « réaction » ‒ d’où qu’ils émanent ‒, je m’intéresse à la polémique comme observatoire privilégié de l’histoire intellectuelle, mais aussi comme moyen de dépasser l’approche monographique et canonique de la littérature. C’est sous cet angle que je prépare une histoire de l’anti-intellectualisme en France (XIXe-XXIe siècles).

Check Also

Ne travaillez jamais !

L’injonction, à laquelle l’adverbe « jamais » donne un caractère définitif, est empruntée au situationniste Guy Debord, …