« Waouh, oui, oui, ouah, ouah, ouaf, ouaf »

Libération, 26 mai 2019

Le 26 mai 2019, Laurent Joffrin file le [wa] : dans l’inversion de la courbe du chômage, il détecte la recherche de l’« effet waouh » par un Emmanuel Macron sûr de l’« effet oui, oui » que cela produira sur ses soutiens face à l’effet « ouah, ouah » que cela produira sur l’opposition, et préservé par son sérieux de l’« effet ouaf, ouaf » : isotopie phonétique donc – et plus précisément double isotopie, l’une majoritaire, avec des mots monosyllabiques en [wa] et l’autre des mots monosyllabiques en [w], grâce à l’annexion du monosyllabe oui. Dans tous les cas, « effet » est construit avec une épithète non adjectivale, construction qui signale une activité communicante (elle relève d’un parler purement marketing affichant une expression synthétique censée faire mouche) efficace mais au fond bien superficielle. Dans tous les cas également, le sens est saisi par dialogisme : waouh, c’est l’expression anglophone – donc bien moderne – de l’admiration béate, d’où l’évaluation positive qui affecte par présupposition les résultats macroniens ; oui, oui, c’est le béni-oui-oui de l’obéissance aveugle des marcheurs ; ouah, ouah, ce n’est rien d’autre qu’une agressivité de chien qui pénalise par métaphore implicite l’opposition telle que Macron, selon Laurent Joffrin, la voit ; et enfin ouaf, ouaf, c’est la caricature quasi conventionnelle d’un rire moqueur (le ridicule tue). La paronomase qui unit ad hoc en paradigme discursif ces réactions opposées à une réussite macronienne les soude en une seule réalité anticipée, comme s’il y avait à la source une seule manœuvre intrinsèquement conçue comme une opération liée à la communication et que l’action, dans la perspective macronienne, était congénitalement liée à sa promotion et à sa défense sur la scène publique.

Crédits photo : BALTEL/SIPA