« Une benallisation de la police »

Mercredi 16 janvier, sur France Culture, l’écrivain David Dufresne reconnaît avoir parlé d’une « benallisation de la police ». On ignore combien de temps cette « benallisation » dite et redite restera dans les mémoires mais, dans sa mise en circulation, l’expression illustre le dialogisme des formules à succès. Elle a d’ailleurs tout pour réussir, puisqu’au-delà de l’écho à son paronyme « banalisation », que le monde politico-médiatique emploie à tout propos, elle convoie des stéréotypes sociaux qu’elle contribue à révéler. La dérivation dénominale présuppose une antonomase (les policiers sont des Benalla), laquelle réduit un individu considéré comme emblématique aux propriétés dont il est porteur – il a le profil du rôle. Le rôle, c’est l’utilisation illégitime de la force, la violence injustifiable et sans sommation (on n’est pas loin de la violence sadique…). Quant au profil, c’est celui d’un sbire embarrassant du pouvoir politique, second couteau abusant de la force « virile », dont les origines – « issu des cités » ou « de l’immigration maghrébine » – sont souvent rappelées. Il n’en faut pas plus pour que la « benallisation de la police » ne prenne une connotation singulièrement péjorative : elle ne peut provenir que d’un nouveau monde (macronien) et range les gendarmes du côté des voleurs. Un rappel implicite de la pensée où Pascal regrette que la force se soit arrogé la légitimité de la justice ?