Réforme de la retraite, ou retraite de la réforme ?

Laurent Joffrin, Libération, éditorial du 4 novembre 2019

La rhétorique est particulièrement efficace quand le discours manifeste l’idée que les figures façonnent. La question posée par Laurent Joffrin en tête de son éditorial du 4 novembre est une réversion (dite parfois antimétabole malgré le changement de sens des mots) qui s’affiche. Elle accumule déjà (comme toutes les réversions) des procédés voyants : anadiplose, identité de la fin du premier membre et du début du second ; épanadiplose, identité du début du premier membre et de la fin du second; le tout produisant un chiasme lexical (structure alternant les éléments A et B dans l’ordre ABBA). En outre elle se double ici d’une antanaclase, « retraite » n’ayant pas le même sens dans les deux occurrences. La seconde bénéficie de la parenté avec « retrait », terme qu’on aurait plutôt attendu si Laurent Joffrin avait renoncé à son bon mot. Et comme le retrait est une forme de capitulation, on ne rechigne pas à donner à « retraite » son sens militaire, d’autant plus que le nom LREM, « La République En Marche », favorise ce genre d’assimilation entre programme gouvernemental et image d’une volonté décidée et conquérante tournée vers l’avenir. Or voilà, avec la réversion, ladite marche est visiblement, dès les premiers mots délivrés et « en même temps » bien sûr, une marche en avant se transformant en marche à reculons…