« ‘Rassuristes’ : ces scientifiques que le virus n’inquiète plus »

(Libération, 5 octobre 2020, p. 1)

« Rassuristes », le néologisme en une de Libération, vient combler un trou lexical : alarmistes n’a pas d’antonyme. D’où cette création, forgée par dérivation déverbale (que la source en soit la forme d’infinitif présent, rassurer, ou la forme adjectivale de participe présent, rassurant) et par suffixation (-iste).

Ce suffixe jette un léger  discrédit sur le fait de dédramatiser la situation sanitaire, en présentant la manœuvre comme extrême et lassante (voir la paire islamique/islamiste). Plus neutre, la paire alarmant/rassurant qualifierait des événements qui ne franchissent aucune limite.

Pourquoi choisir un suffixe à l’axiologie dépréciative ?

Les « rassuristes », aux yeux de Libération, ont tort. Ce sont des optimistes patentés, obsessionnels : ils exagèrent ! On peut y voir à la fois une hyperbole justifiant la dramatisation chère aux médias et une dénonciation des euphémismes, les discours apaisants risquant de faire les gros titres sans refléter l’actualité. Les médias jetteraient donc de l’huile sur le feu ? Créeraient une réalité alarmante, parce qu’il faut exagérer pour toucher le public ? Que nenni. C’est bien plutôt l’autorité scientifique qui chercherait à le couvrir de cendres…