Le « nouveau monde d’en bas »

(Frédéric Says, Le billet politique du mardi 12 mars 2019, France culture)

Le 12 mars 2019 sur France Culture, Frédéric Says met face à face Emmanuel Macron et François Ruffin, selon lui étoile montante de la France Insoumise : « Face à Emmanuel Macron, il incarne peut-être le nouveau monde d’en bas, quand le président serait le créateur du nouveau monde d’en haut ». L’antithèse entre « bas » et « haut », certes pas nouvelle, mais efficace, réactive une opposition de classes métaphorisée dans la verticalité, et adopte pour chaque classe le point de vue adverse : le bas est vu par ceux qui sont en haut, point de vue statique du mépris ; le haut, par ceux qui sont en bas, et qui expriment leur révolte de manière d’autant plus dynamique que l’antithèse fait boule de neige.

Il y aurait donc nouveau monde (d’en bas) et nouveau monde (d’en haut) ? Le nouveau monde d’Emmanuel Macron, c’est-à-dire non pas le continent américain, mais un monde impliquant selon l’intéressé « une société, une économie, une civilisation à la fois du risque et de l’innovation, des compétences, de la transformation radicale », ce n’était pas le monde entier ? Que nenni. L’expression cachait donc une synecdoque de la partie pour le tout ? Eh oui. Le nouveau monde était un tout petit monde. Ce n’est pas la première fois qu’une coterie s’arroge le monopole de l’existence, reléguant les autres au néant, comme à l’époque on l’on parlait de « faire ses débuts dans le monde » (autrement dit dans la haute société). En opposant Ruffin à Macron par une contre-synecdoque, Frédéric Says le dépeint comme celui restaure les frontières de l’« ancien monde », en contestant à ceux d’en haut le privilège d’être les seuls habitants – et a fortiori les habitants modèles – du monde à venir.