« Le lièvre a buté sur l’obstacle : on enfourche la tortue. »

Laurent Joffrin, Éditorial du 19 novembre 2019

Les Fables de La Fontaine, 1855

Comme beaucoup d’autres en ce moment, Laurent Joffrin plaisante le ralentissement macronien : ce président qui, en début de quinquennat, allait faire la démonstration de sa célérité, qualité qui jusque-là avait manqué aux autres, subitement ralentit le rythme de ses réformes, voire les met au point mort, devant la grogne sociale annoncée :   ce risque de révolte, c’est l’obstacle contre lequel bute le lièvre. On a en regard deux classiques métaphores : lièvre ou tortue, le trajet spatial et la rapidité avec lequel l’un ou l’autre l’accomplit figurent l’ensemble des projets présidentiels et l’efficacité que l’on peut constater dans leur mise en œuvre ; efficacité qui se traduit aussi, comme dans le phore ou comparant (lièvre, tortue, course), par un degré de vitesse. Ce lièvre et cette tortue génériques, Joffrin peut les supposer connus (il emploie les déterminants singuliers définis « le » et « la ») : tout le monde voit que ce sont ceux de La Fontaine, lequel les a empruntés à Ésope ; ils affichent ainsi une longue généalogie dialogique et un statut enviable de repère partagé pour représenter deux extrêmes, célérité et lenteur. C’en sont d’ailleurs des stéréotypes, car pour l’argumentation on s’en tient là, sans plus examiner ce qu’écrit La Fontaine (chez lui c’est la tortue qui gagne). Or Joffrin montre un Macron qui abandonne le lièvre et se replie sur la tortue, qu’il « enfourche » : oxymore sarcastique.  Il y a en effet un monde entre ce que le terme d’« enfourcher » suggère de résolu et d’audacieux d’une part, et la placidité et l’inoffensivité prêtées aux tortues d’autre part. De là à suggérer que Macron émet des signes de dynamisme quand la réalité démontre tout l’inverse…