« La politique, c’est mystique »

(Emmanuel Macron, Journal du dimanche, 12 février 2017)

Après avoir émaillé plusieurs discours de références à Charles Péguy, Emmanuel Macron renverse la plus célèbre des formules de l’écrivain, qui regrettait que le combat dreyfusard pour la justice se soit transformé en politique politicienne, une fois que les militants ont fait carrière : « Tout commence par la mystique, par une mystique, par sa (propre) mystique et tout finit par de la politique », écrivait-il en 1910 dans Notre jeunesse. Loin de voir une dégradation dans ce processus, E. Macron pose une équivalence entre la mystique et la politique. L’emphase du propos est soulignée par une structure attributive disloquée. Or, dans les tours emphatiques, le dire excède le dit : une manière, pour Macron, de mettre l’accent sur la forme (volontairement messianique) de son discours, plutôt que sur le fond (le programme) ?

 

A propos Sarah Al-Matary

Sarah Al-Matary (université Lyon 2, UMR 5611 LIRE) Enseignante-chercheuse spécialisée dans les relations qu’entretiennent la littérature et les idéologies aux XIXe et XXe siècles, je prête une attention particulière aux « langages du politique ». En témoigne ma thèse, consacrée à l’idée de « race », ce mot dont Maurice Tournier écrivait – alors que je n’étais encore qu’en classe de cinquième – qu’il avait « perdu la raison »… Dans cette étude comparatiste, sensible à l’écart qui séparait les usages du mot « race » en français et en espagnol, j’envisageais les différentes acceptions (biologique, mais aussi linguistique, sociale et ethnico-confessionnelle) de l’expression « race(s) latine(s) », sans oublier que cette expression ne circonscrivait pas entièrement la réalité qu’elle décrivait. Passionnée depuis lors par les discours de « réaction » ‒ d’où qu’ils émanent ‒, je m’intéresse à la polémique comme observatoire privilégié de l’histoire intellectuelle, mais aussi comme moyen de dépasser l’approche monographique et canonique de la littérature. C’est sous cet angle que je prépare une histoire de l’anti-intellectualisme en France (XIXe-XXIe siècles).

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