(Propos de Marine Le Pen à Amiens, chez Whirlpool, le 26 avril 2017, rapporté par Le Monde)
Il ne peut y avoir de représentant sans représentés, telle est la loi de la représentation. Sauf à donner au mot représentant une définition purement institutionnelle et artificielle. On parle alors de quelqu’un officiellement considéré comme tel, mais qui, « en réalité », ne l’est pas du tout. Il a le titre, mais sans exercer la fonction. L’usage de cet oxymore (des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes) permet d’opposer de façon particulièrement marquée l’apparent et le réel, et de stigmatiser les personnes dont il est question. On sait depuis les travaux de Pierre Bourdieu qu’un porte-parole ne l’est que pour autant que ceux dont il porte la parole se taisent. Chez Whirlpool, puisque les représentés parlent avec Marine Le Pen, leurs représentants ne peuvent parler avec Emmanuel Macron sans perdre leur légitimité de mandataires. C’est du moins ce que semble vouloir exprimer la candidate d’extrême droite, adversaire résolue du syndicalisme et tenante du lien direct entre le peuple et son chef.