« Ni Marine, ni Macron, ni patrie, ni patron »

(Slogan lu et entendu lors des manifestations du 27 avril 2017)

Dans la forme, le slogan est joliment construit. Au sein de l’anaphore générale (une quadruple répétition de ni qui donne à l’ensemble un rythme particulièrement bien adapté à son usage oral), la double allitération des /m/ et des /p/, combinée à la quadruple assonance /a-i-a-on/, produit un effet de parallélisme par une structure en miroir. Celle-ci semble suggérer une symétrie entre les deux candidats (même si l’un est désigné par son nom et l’autre par son prénom), caractéristique du mot d’ordre « ni-ni », porteur d’un refus de choix entre deux options réputées comme équivalentes, et donc d’un encouragement à l’abstention ou au vote blanc ou nul. Mais à y regarder de plus près, la sélection des deux mots considérés comme emblématiques (patrie et patron) de chacun des deux candidats rompt la symétrie. En effet, si Marine Le Pen se dit elle-même porte-parole du camp des patriotes, Emmanuel Macron se garde bien de se présenter comme celui du camp des patrons, étiquette que certains de ses adversaires veulent lui attribuer. Tant il est vrai qu’un « ni-ni » n’est pas toujours aussi équilibré qu’il y paraît.

Crédits photo : DR

A propos Paul Bacot

Paul Bacot Professeur des universités émérite Sciences Po Lyon / UMR 5206 Triangle (CNRS / ENS Lyon) Ouvrages publiés en 2016 : Guide de sociologie politique (Ellipses) Une enfance en Quatrième République. Souvenirs d'un apprentissage politique (L'Harmattan)

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