« L’un parce que c’est l’extrême finance, l’autre parce que c’est l’extrême droite »


(Jean-Luc Mélenchon, Youtube, 28 avril 2017)
Silencieux depuis le premier tour, Jean-Luc Mélenchon a finalement choisi d’intervenir sur sa chaîne YouTube pour clarifier sa position sur le second tour. A cette fin, il a recours à l’hypozeuxe, qui lui permet de mettre en parallèle deux groupes syntaxiques : « parce que c’est l’extrême finance », « parce que c’est l’extrême droite ». Les deux segments, qui reprennent des termes identiques, ne se distinguent que par les substantifs retenus – « finance » et « droite » -, qui renvoient l’un à Emmanuel Macron et l’autre à Marine Le Pen. En inventant une expression inédite, « extrême finance », calquée sur la désignation quant à elle usuelle d’« extrême droite », le leader de la France insoumise donne l’impression qu’il est possible de comparer les deux finalistes terme à terme, chacun étant un « extrême » dans son domaine. La suite de son propos – plus de 20 minutes – vient pourtant distinguer les deux  : « Marine Le Pen, c’est encore pire », « est-ce que quelqu’un doute du fait que je ne voterai pas Front national ? », etc. Mais la figure de style a fait son oeuvre : dans leur grande majorité, les journalistes n’ont retenu que le parallélisme et annoncent aujourd’hui que Jean-Luc Mélenchon renvoie dos à dos l’animateur d’En marche ! et la candidate frontiste… La rhétorique du grand tribun se serait-elle retournée contre lui ?

Crédits photo : GUILLAUME SOUVANT / AFP