« Le Pen-Macron, Hauts-de-France contre France d’en haut ? »


(Guillaume Tabard, Le Figaro, 25 avril 2017)

Pour caractériser la stratégie électorale de Marine Le Pen, l’un des rédacteurs en chef du Figaro a recours à un chiasme, qui répète un segment en miroir (ABBA). La figure de style lui permet de construire une opposition entre une région où le Front national fait régulièrement ses plus beaux scores (40,6 % aux régionales de 2015, 31,03 % au premier tour de l’élection présidentielle de 2017) et un groupe social dont Emmanuel Macron est érigé en représentant. Le journaliste condense en quelques mots le double clivage sur lequel la candidate de l’extrême-droite tente de jouer : la France du haut renvoie en creux à la France du bas qui peuple le nord de la France, faisant ainsi du conflit géographique des régions contre Paris une fracture sociale entre les petits et les gros. Le journaliste y voit une erreur tactique, qui conduit Marine Le Pen à négliger un électorat pourtant disponible, bien plus attiré par le retour des valeurs traditionnelles que par la lutte des classes. Mais en opposant terme à terme les deux candidats, ne s’aveugle-t-il pas lui-même sur l’asymétrie de leurs positions respectives quant aux institutions républicaines et démocratiques de notre pays ?

A propos Chloé Gaboriaux

Enseignante-chercheuse à Sciences Po Lyon et au laboratoire Triangle. Voir ma page personnelle sur le site du laboratoire Triangle.

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