« Je n’ai pas l’Europe naïve »

(Emmanuel Macron, Le Grand débatBFMTV, 4 avril 2017)
Attaquée de toutes parts lors du Grand Débat, l’Union européenne a trouvé son chevalier servant en la personne d’Emmanuel Macron. Après avoir assuré qu’il l’avait « au coeur », l’animateur d’En Marche ! s’est pourtant défendu de tout optimisme excessif par une étrange construction attributive. L’expression « avoir + substantif + adjectif » n’est pas rare, mais elle est généralement employée avec des termes qui renvoient sans difficulté au sujet du verbe. On pourrait en effet affirmer sans grande originalité que le jeune aspirant à la présidence de la République « a le regard clair » ou « l’esprit ouvert ». Prétendre « ne pas avoir l’Europe naïve » est en revanche peu banal. Il y a là une forme d’appropriation, qui souligne la proximité du candidat avec l’Europe. L’effet est renforcé par une figure de style plutôt délaissée dans cette campagne, l’hypallage, qui assigne à l’Europe un défaut qu’on ne peut dénoncer que chez Emmanuel Macron. Ce dernier fait ainsi corps avec l’UE tout en en reconnaissant du bout des lèvres les insuffisances… ce qui ne suffira sans doute pas à en faire aux yeux de ses adversaires « une chance pour tous » !
Crédits photos : Thomas Trutschel
Mise en ligne : avril 2017