« La seule façon de sauver la gauche, c’est de tuer Fillon »

(François Fillon, meeting de Biarritz, 24 mars 2017)

Les Guignols, qui raillaient jadis le fait que l’acteur Alain Delon parle de lui à la troisième personne, peuvent désormais attribuer ce trait à la marionnette de François Fillon. Ce dernier déclarait en effet le 24 mars dernier : « La seule façon de sauver la gauche, c’est de tuer Fillon ». L’énallage du pronom personnel sert ici la dramatisation du propos : Fillon se pose doublement en victime, puisqu’il est à la fois le sujet et l’objet du discours. En les prenant à son compte, il semble mimer les propos de ses adversaires, comme dans une citation. La construction joue enfin sur un effet parallélisme  (« sauver » équivaut à « tuer ») couplé à une opposition (« la gauche » ‒ et plus précisément, dans l’esprit de l’orateur, le Président Hollande ‒ a fait de Fillon sa cible). Par ce dédoublement, Fillon se grandit ; il manifeste ce que l’on a nommé « le syndrome d’hybris » (ou « maladie du pouvoir »). En laissant penser que « je est un autre », ne suggère-t-il pas aussi que ce n’est pas lui le coupable ?