« Ce n’est pas parce qu’un journal a décidé de m’accuser que je suis coupable et moi je ne le suis pas. »

(François Fillon à Christine Angot, L’émission politique, France 2, 23 mars 2017)

Sur le plateau, François Fillon cherche à éviter toute discussion sur l’enquête ouverte à son propos jusqu’à sa confrontation avec Christine Angot. Pour se défendre contre l’écrivaine, il a alors recours à une réfutation du lien de cause à effet entre l’accusation du Canard Enchaîné et sa culpabilité. Or, depuis sa mise en examen, la presse n’est plus seule en scène. D’où l’hyperbate un peu maladroite, qui redouble la conclusion : « et moi je ne le suis pas ». Au risque de l’illogisme – la conjonction de coordination « et » exprime un rapport de contiguïté et non de causalité – le candidat LR casse la reprise anaphorique : « MOI je » n’est pas égal au « je » accusé (et donc potentiellement coupable). Il cherche ainsi à produire un nouvel éthos du locuteur, à partir d’une dissociation flirtant avec l’hendiadyn : il y aurait deux Fillon, l’homme accusé par les médias, potentiellement coupable, et le MOI candidat à la présidence de la République qui se déclare non-coupable. C’est à ce dernier que l’auditoire est sommé de faire confiance.