« La fuite en canard, d’un camp à l’autre »

(François Fillon au Trocadéro, 5 mars 2017)

Abandonné par nombre de ses soutiens, François Fillon dénonce les défections intéressées de ceux qui font passer leurs ambitions politiques avant l’avenir de la France, et se vendent au plus offrant. Pour ce faire, il évoque une « fuite en canard, d’un camp à l’autre ». Cette expression métaphorique n’est pas attestée : évoque-t-elle un départ maladroit, la « queue entre les jambes » ? Déçu d’être trahi par des proches, Fillon se sent-il « comme une poule qui a couvé des canards » ? A-t-il en tête que, dans le vocabulaire de la marine, un « bâtiment canard » tangue au risque d’être inondé ? Ou lance-t-il une pique au Canard enchaîné, dont les révélations l’ont mis en si mauvaise posture ? Malgré leur valeur polémique, ces allusions cachées ne visent pas à rappeler des faits que l’orateur voudrait justement faire oublier, mais au contraire à détourner l’attention du public, en détournant les mots : dans cette perspective, ce n’est pas l’affaire Fillon qui constitue « un mauvais feuilleton », mais le fait que les journalistes se concentrent sur la rivalité entre les différents candidats au lieu de s’intéresser aux problèmes de fond.