« Je n’ai jamais considéré que le nucléaire était une maladie »

(Emmanuel Macron à Caen, le 4 mars 2017)

Personne n’a jamais dit que le nucléaire était une maladie, métaphore peu compréhensible en somme. Mais Emmanuel Macron suggère plutôt que les adversaires de la production nucléaire ne sont pas loin de penser que le choix d’y recourir s’expliquerait par un état morbide : pour eux, un individu sain d’esprit voudrait nécessairement la « sortie du nucléaire ». Le fondateur d’En Marche ! dénonce donc une tendance des écologistes à délégitimer leurs contradicteurs, suspectés de mauvaise santé mentale – quand ils ne sont pas poussés par des intérêts financiers. Pour ce faire, il use d’une double métonymie pour parler [1] du recours à l’énergie libérée lors de la fission nucléaire au sein d’un réacteur (« le nucléaire » pour « le recours au nucléaire ») et [2] de l’étiologie de l’opinion des partisans d’un tel recours, considérée comme pathologique (« une maladie » pour « le symptôme d’une maladie »). Sur ce second point, il a recours à l’exagération polémique de la position adverse. La combinaison des deux figures métonymiques donne au point de vue d’Emmanuel Macron l’aspect de l’évidence, et à celui des écologistes l’allure d’une stupidité.

A propos Paul Bacot

Paul Bacot Professeur des universités émérite Sciences Po Lyon / UMR 5206 Triangle (CNRS / ENS Lyon) Ouvrages publiés en 2016 : Guide de sociologie politique (Ellipses) Une enfance en Quatrième République. Souvenirs d'un apprentissage politique (L'Harmattan)

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