« Le renouveau démocratique […] ne sera pas demain dans la rue au Trocadéro »

(Emmanuel Macron à Caen, le 4 mars 2017, à propos de la manifestation de soutien à François Fillon)

On n’a jamais vu le renouveau démocratique dans quelque rue que ce soit. Mais Emmanuel Macron fait bien sûr du mot rue un usage métonymique : ce n’est pas d’une chaussée qu’il s’agit (d’ailleurs, il n’existe pas de « rue du Trocadéro »), ni de la chaussée en général, mais des personnes qui peuvent s’y rassembler en nombre pour s’opposer, avec une légitimité souvent contestée, aux décisions émanant de diverses institutions. De la même façon, Trocadéro ne renvoie pas au palais qui porte ce nom (lui-même repris de celui d’un fort espagnol), mais à la place éponyme. Enfin, renouveau démocratique renvoie aux porteurs d’idées supposées contribuer à un renouvellement de la démocratie. Finalement, Emmanuel Macron veut dire que l’objet de la manifestation annoncée pour le lendemain est aux antipodes de son propre projet, et il ajoute, s’agissant des manifestants attendus au Trocadéro : « Cela a un nom, c’est la réaction ! ». La cascade de métonymies permet de donner au propos une force particulière, en localisant symboliquement le camp opposé au sien (celui des « progressistes »). Définir et dénommer clairement l’adversaire est toujours de bonne politique, notamment en… politique.

A propos Paul Bacot

Paul Bacot Professeur des universités émérite Sciences Po Lyon / UMR 5206 Triangle (CNRS / ENS Lyon) Ouvrages publiés en 2016 : Guide de sociologie politique (Ellipses) Une enfance en Quatrième République. Souvenirs d'un apprentissage politique (L'Harmattan)

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