« il y a quelque chose qui relève d’un objet non identifié »

(Hervé Morin à propos de François Bayrou, 22 février 2017)

Hervé Morin se désolidarise de François Bayrou, dont il a jadis été le porte-parole, arguant : « Quand on est à 5% à huit semaines de l’élection présidentielle, il y a quelque chose qui relève d’un objet non identifié ». La phrase elle-même brouille le référent, F. Bayrou étant désigné à travers des indéfinis (« on », « quelque chose »), un présentatif (« il y a ») et une relative surdéterminée (« qui relève d’un objet non identifié »), où chaque terme renforce paradoxalement l’indétermination supposée de sa candidature : Bayrou n’« est » pas un « objet non identifié », mais « relève » de cette catégorie justement réservée à l’indéfinissable. Si, pendant la campagne, Macron ou Peillon ont pu être métaphoriquement qualifiés d’« ovni » parce qu’ils détonnaient dans le paysage politique, Bayrou n’est pas traité avec la même sympathie par son ancien compagnon, devenu filloniste : il est un ennemi politique que l’on réifie pour le tenir à distance. Aussi faut-il bien entendre la référence finale dans son acception militaire. Le fait que la candidature tardive de Bayrou ne semble pas motivée par un programme original embarrasse sans doute moins que le souvenir de 2012, où appelant à voter François Hollande au second tour, il avait compromis les chances de victoire de la droite. Les ovnis, « apparaissant et disparaissant soudainement et silencieusement » auraient donc vraiment « des effets secondaires souvent perturbants sur l’environnement » (Tlfi) ?

A propos Sarah Al-Matary

Sarah Al-Matary (université Lyon 2, UMR 5317 IHRIM) Enseignante-chercheuse spécialisée dans les relations qu’entretiennent la littérature et les idéologies aux XIXe et XXe siècles, je prête une attention particulière aux « langages du politique ». En témoigne ma thèse, consacrée à l’idée de « race », ce mot dont Maurice Tournier écrivait – alors que je n’étais encore qu’en classe de cinquième – qu’il avait « perdu la raison »… Dans cette étude comparatiste, sensible à l’écart qui séparait les usages du mot « race » en français et en espagnol, j’envisageais les différentes acceptions (biologique, mais aussi linguistique, sociale et ethnico-confessionnelle) de l’expression « race(s) latine(s) », sans oublier que cette expression ne circonscrivait pas entièrement la réalité qu’elle décrivait. Passionnée depuis lors par les discours de « réaction » ‒ d’où qu’ils émanent ‒, je m’intéresse à la polémique comme observatoire privilégié de l’histoire intellectuelle, mais aussi comme moyen de dépasser l’approche monographique et canonique de la littérature. C’est sous cet angle que je prépare une histoire de l’anti-intellectualisme en France (XIXe-XXIe siècles).

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