« nous devons raviver la flamme »

Emmanuel Macron, Oradour-sur-Glane, 10 juin 2017

Dans l’hommage qu’il a rendu aux victimes du massacre d’Oradour-sur-Glane, Emmanuel Macron a exploité la métaphore conventionnelle de la flamme du souvenir pour évoquer la nécessité d’entretenir la mémoire, de génération en génération : « Ce qui se transmet risque de s’affadir, sans cesse nous devons raviver la flamme et lui redonner sens », a-t-il déclaré, expliquant par là qu’il ait tenu à présider l’anniversaire de cet événement tragique. La métaphore matérialise efficacement cette volonté d’actualiser le passé – geste notamment symbolisé en France depuis la Grande Guerre par la cérémonie organisée sur la tombe du Soldat inconnu. Mais n’est-ce pas s’exposer à un retour de flamme que d’utiliser pareille métaphore sur le site d’un redoutable incendie allumé par les nazis, quand on connaît le statut du feu dans l’imaginaire fasciste, de la flamme italienne aux autodafés, retraites aux flambeaux et autres relais olympiques du Reich ?

Crédits : Eric Feferberg

A propos Sarah Al-Matary

Sarah Al-Matary (université Lyon 2, UMR 5317 IHRIM) Enseignante-chercheuse spécialisée dans les relations qu’entretiennent la littérature et les idéologies aux XIXe et XXe siècles, je prête une attention particulière aux « langages du politique ». En témoigne ma thèse, consacrée à l’idée de « race », ce mot dont Maurice Tournier écrivait – alors que je n’étais encore qu’en classe de cinquième – qu’il avait « perdu la raison »… Dans cette étude comparatiste, sensible à l’écart qui séparait les usages du mot « race » en français et en espagnol, j’envisageais les différentes acceptions (biologique, mais aussi linguistique, sociale et ethnico-confessionnelle) de l’expression « race(s) latine(s) », sans oublier que cette expression ne circonscrivait pas entièrement la réalité qu’elle décrivait. Passionnée depuis lors par les discours de « réaction » ‒ d’où qu’ils émanent ‒, je m’intéresse à la polémique comme observatoire privilégié de l’histoire intellectuelle, mais aussi comme moyen de dépasser l’approche monographique et canonique de la littérature. C’est sous cet angle que je prépare une histoire de l’anti-intellectualisme en France (XIXe-XXIe siècles).

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