« Kim Jong-Emmanuel »

(Frédéric Says, Le billet politique, France Culture, 5 juin 2017)
 
Ce nom propre néologique est forgé selon le même principe que les mots-valises qui fusionnent des signifiants distincts. En l’occurrence il s’agit de « Kim JongEun » et « Emmanuel Macron », tronqués tous deux par aphérèse, pour le premier de la moitié finale de son prénom (Jong-Eun), et pour le second de son patronyme. La fabrication d’un mot-valise a pour seul objectif de présenter comme une seule entité sémantiquement homogène deux réalités qu’on n’aurait auparavant pas songé à rapprocher. Et même plus qu’homogène : les deux réalités sont alors solidaires au point qu’il est légitime de les réunir en un seul mot. Emmanuel Macron serait donc fondamentalement un dictateur comme son homologue nord-coréen.  Telle est l’« image subliminale » que Frédéric Says détecte sous ce qui lui paraît devoir être le nouvel « élément de langage » des discours politiques, celui de « parti unique » (hyperbole d’une majorité anticipée du mouvement de Macron au parlement). Parti unique ? Très mauvais souvenir. Exemple contemporain au plus haut point repoussant.  Risque de Corée du Nord pour qui votera Macron. Au passage, le jeune président français endosse, suite à cet accouplement onomastique avec Kim Jung, diverses propriétés du comparant dont il est évident qu’elles ne lui siéent pas du tout : passe encore qu’il soit autoritaire et capricieux, mais qui pourrait croire qu’il cherche à instaurer un régime dictatorial ? Sous cette disconvenance perce le point de vue de Frédéric Says : le mot-valise proposé ne reflète pas sa pensée, mais celle qu’il prête aux nouveaux utilisateurs de l’élément de langage « parti unique ». Il est donc proposé pour dire dialogiquement que selon les opposants à Macron, l‘extrémisme politique est ce qui se cache sous la prétention à la centralité.
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