« je préférerai toujours mon pays à mon parti »

(Thierry Solère, Europe 1, 25 mai 2017)

À quelle échelle mesurer la fidélité ? La question ne cesse de se poser depuis que, dans l’entre-deux-tours de la présidentielle, Manuel Valls a déclaré avoir choisi, en soutenant Emmanuel Macron, « [s]on pays plutôt que son parti ». Une formule devenue un véritable mot d’ordre, à l’heure où socialistes et membres des Républicains rallient en nombre le nouveau gouvernement : Édouard Philippe, Gérald Darmanin, Bertrand Delanoë, Thierry Solère ont proposé une série de variations sur ce thème, en modulant l’opposition (« J’ai choisi mon pays plutôt que mon parti », « Plus que le parti, il y a le pays » ; « Je préférerai toujours mon pays à mon parti »). L’effet slogan est ménagé dans tous les cas par le parallélisme, la reprise des sonorités (allitérations et assonances en position stratégique) et l’antithèse, qui introduit une différence de qualité entre les réalités désignées : l’adhésion partisane et l’appartenance patriotique. L’argument, à visée autojustificatrice, peut paraître faible ; difficile pourtant de le parer : si l’on a reproché à Albert Camus de préférer sa mère à la justice ‒ c’est-à-dire l’individuel à l’universel, le sentiment filial aux valeurs abstraites ‒, on peut difficilement critiquer quelqu’un qui dépasse les querelles de chapelle pour se mettre au service de la communauté…

 

 

Crédits photo : Frédérique Stucin