« c’est pas une prise de guerre, c’est plutôt des prises d’otages »

(François Baroin, RTL, 18 avril 2017)

Filant la métaphore martiale que le slogan En Marche ! avait notamment illustrée pendant la campagne présidentielle, le chef de file des Républicains considère que l’entrée au gouvernement de deux membres de son parti n’est « pas une prise de guerre [mais] une prise d’otages ». L’hypozeuxe se double ici d’une antithèse : la mise en parallèle des deux segments s’accompagne en effet d’un léger déplacement, souligné par la modalisation (ce n’est pas…, c’est plutôt) et le passage au pluriel. Ce dernier a paradoxalement pour effet de minorer le « coup » du jeune président : il a certes réussi à rallier deux personnalités LR, mais elles sont « isolées » selon François Baroin. Loin de réaliser une prise significative, qui témoignerait de son intelligence stratégique, Emmanuel Macron aurait choisi de faire pression sur la droite traditionnelle, en envoyant deux de ses représentants à Bercy ‒ autant dire au casse-pipe. Ladite prise (le terme est formé par métonymie) s’en trouve dégradée, et le chef de l’État réduit au rôle de vulgaire ravisseur. Une opération de sauvetage est-elle prévue ? À entendre François Baroin, on peut en douter…

Crédits : PHILIPPE HUGUEN / AFP

 

A propos Sarah Al-Matary

Sarah Al-Matary (université Lyon 2, UMR 5611 LIRE) Enseignante-chercheuse spécialisée dans les relations qu’entretiennent la littérature et les idéologies aux XIXe et XXe siècles, je prête une attention particulière aux « langages du politique ». En témoigne ma thèse, consacrée à l’idée de « race », ce mot dont Maurice Tournier écrivait – alors que je n’étais encore qu’en classe de cinquième – qu’il avait « perdu la raison »… Dans cette étude comparatiste, sensible à l’écart qui séparait les usages du mot « race » en français et en espagnol, j’envisageais les différentes acceptions (biologique, mais aussi linguistique, sociale et ethnico-confessionnelle) de l’expression « race(s) latine(s) », sans oublier que cette expression ne circonscrivait pas entièrement la réalité qu’elle décrivait. Passionnée depuis lors par les discours de « réaction » ‒ d’où qu’ils émanent ‒, je m’intéresse à la polémique comme observatoire privilégié de l’histoire intellectuelle, mais aussi comme moyen de dépasser l’approche monographique et canonique de la littérature. C’est sous cet angle que je prépare une histoire de l’anti-intellectualisme en France (XIXe-XXIe siècles).

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