(propos d’un dirigeant Les Républicains rapporté par Le Monde du 11 mai 2017)
Le discours de cette saison électorale a vu différents usages de la figure de l’antonomase, qui transforme un nom propre en nom commun, transformation parfois suivie d’une dérivation verbale, elle-même pouvant être à son tour substantivée. Ainsi, après le débat de l’entre-deux-tours, un article du Monde évoquait « la ‘trumpisation’ de Marine Le Pen ». Sur les réseaux sociaux, on a employé la locution verbale se faire filloniser, au sens de « se faire dézinguer par la sphère politico-médiatico-judiciaire en un mois » (avec le hashtag #stopbashing). Le cas le plus surprenant est sans doute cette déclaration d’un dirigeant Les Républicains, considéré comme tenté par le soutien au nouveau président et créant cet autre néologisme, rendu à l’écrit sous une forme inhabituelle, en deux mots : Eric Bessonniser. Sans doute l’auteur du propos pensait-il risquer de ne pas être compris en faisant usage du seul nom de l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, en raison de la faible notoriété de celui-ci (on se souvient de la boutade lancée par Ségolène Royal : « qui connaît Monsieur Besson ? »), de son retrait de la vie publique depuis lors, et du caractère relativement courant de son patronyme. Comme toujours, l’antonomase à partir d’un anthroponyme ne retient qu’une caractéristique de la personne dénommée. Ici, l’ancien socialiste passé avec armes et bagages de gauche à droite au lendemain de la présidentielle de 2007 est principalement considéré comme un traitre. En somme : se rallier à Macron, oui, mais pas n’importe comment !
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