« Le 7 mai, je vote gris »

(pétition lancée par Dalibor Frioux)

Fin 2016, l’historien Michel Pastoureau avait prédit que le gris – qui caractérisait selon lui l’année écoulée – foncerait sans doute dans un avenir proche. Rare dans notre imaginaire politique, cette couleur y évoque surtout le pouvoir acquis par des retraités de plus en plus nombreux, si bien qu’on a pu parler de « vote gris ». À la veille du second tour de l’élection présidentielle, cette formule prend un tout autre sens dans la pétition adressée à Emmanuel Macron par Dalibor Frioux, enseignant et écrivain : « Le 7 mai, je vote gris ». Ses signataires signifient au candidat d’En Marche ! qu’ils lui « prêteron[t] [leur] vote […] pour faire barrage au Front national et sauver la République », mais « le reprendron[t] aussitôt [aux législatives], afin de [lui] imposer une cohabitation avec une gauche rassemblée ». S’il se différencie explicitement du vote blanc, où l’invalidation de l’offre politique est signalée par une couleur désignant symboliquement dans notre langue le manque (« nuit blanche », « balle à blanc »), ce vote gris se distingue aussi implicitement de l’abstention, prônée par exemple par les anarchistes du drapeau noir. Pour autant, le choix métaphorique du gris ne marque pas l’ambiguïté, mais la sagesse – un sème qu’on trouve dans l’expression  « matière grise » – , et la possibilité pour ceux qui ont « voté Hamon, Mélenchon, Poutou, Arthaud » de faire valoir des nuances de gris, puisqu’en la matière, cette couleur est l’une des plus riches. Les électeurs rappellent ainsi au candidat (étymologiquement, celui qui passe un vêtement pour se présenter au suffrage) qu’ils ne lui font pas un chèque en blanc !