« Ce sont des nuances de vert et de rose quasi identiques. Et il faut aimer la pratique du microscope pour identifier des points de clivage »

(Frédéric Says, Billet politique, France culture, 24. 05.2019)

L’avant-veille des élections européennes, dans son Billet politique rituel sur France Culture, Frédéric Says dénonce l’émiettement de listes de gauche qui ont pourtant le même propos. 

Deux couleurs représentent par métonymie la teneur politique des discours, en référence au parti qui les a prises comme symbole – à savoir Europe Écologie Les Verts pour la couleur verte (elle-même représentante synecdochique de la nature, dont la préservation est un des objectifs du parti) et le Parti socialiste, dont la rose est un emblème métonymique). Elles renvoient surtout, par synecdoque, aux options politiques caractéristiques de ces partis. Les listes ainsi « bicolores » présentent différents dosages d’écologie et de préoccupations sociales. 

Sauf que la différence de dosage n’est guère « sensible » – peut-on dire en usant de la même métaphore de base que Frédéric Says. En première approche, en effet, ces dosages sont équivalents. Et si on y regarde de plus près ? Peut-être. Il y a dans l’énoncé du journaliste une isotopie sémantique – c’est-à-dire la répétition d’un même contenu sous des formes différentes – : les détails difficiles à voir (les nuances des couleurs peuvent échapper à l’œil, et pour observer l’extrêmement petit, il faut un microscope).

Toujours ? Et dans ce cas précis, se munirait-on du bon instrument ? Non. Car « nuances » et « microscope », bien que renvoyant à des rôles différents (ce qui peut être vu, ce qui permet de voir), composent une métaphore filée qui dit aussi que l’acharnement à trouver des différences ne mènera à rien. Car le microscope participe au filage, mais il délivre aussi son propre message : l’extrêmement petit, dans son cas, sera nul. Il est possible qu’à distance quasi atomique, la réalité soit dans la majorité des cas plus proche. Mais les couleurs, c’est sûr, disparaissent. Pour identifier au microscope des « points de clivage », c’est-à-dire pour voir des chimères, il faut vraiment être la dupe de ses désirs. La métaphore du microscope est donc à la fois une hyperbole (les différences ne sont pas minimes, elles sont infinitésimales) et une disqualification (le recours à cet instrument est vain, car les couleurs ne se voient plus au microscope). L’examen des différences politiques, dans le cas de ces élections, est d’ailleurs présenté comme une manie (« il faut aimer la pratique du microscope ») : à hauteur d’électeur, toutes ces listes, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.