« Ce n’est pas un départ, c’est une scission »

Photographie : Bruno Fert pour Le Monde

 

C’est ainsi que Le Monde daté du 13 octobre 2018 intitule l’interview donné par Emmanuel Maurel à ses deux journalistes Abel Mestre et Enora Ollivier. En réalité, le député européen socialiste a déclaré : « Je n’annonce pas un départ du PS, mais une scission », précisant : « Aujourd’hui, je ne pars pas seul mais avec de très nombreux militants, des centaines de cadres et d’élus sur l’ensemble du territoire ».

Mais la reformulation, qu’elle ait été ou non explicitement approuvée, sonne comme la reprise d’une célèbre réplique – celle du duc de La Rochefoucauld en réponse au roi Louis XVI qu’il est venu réveiller au soir du 14 juillet 1789 pour lui annoncer la prise de la Bastille et l’assassinat de son gouverneur. « C’est une révolte ? », s’enquiert alors le monarque. « Non, Sire, c’est une révolution », rectifie son grand maître de la garde-robe.

Voilà donc suggéré que la différence entre le « départ » d’un cadre d’un parti et une « scission » au sein de celui-ci, est de même ampleur que celle qui sépare une simple « révolte » et une « révolution ». Partant, la reprise nous amène à penser que la rupture de celui qu’on appelle « le leader de l’aile gauche du PS » est constitutive d’un événement historique, et non seulement selon un critère quantitatif. Apparaissent comme dans un décor lointain les nombreuses cassures qui ont émaillé plus d’un siècle d’histoire du Parti socialiste depuis sa création en 1905. On pense assurément d’abord à la scission survenue en 1920 lors du Congrès de Tours, qui donna naissance au futur Parti communiste.

Comme le mot schisme en matière religieuse, scission en matière politique vaut affichage d’authenticité. Ce qui est ainsi qualifié n’est pas seulement le départ de quelques individus plus ou moins nombreux, mais la naissance d’une nouvelle entité issue de l’ancienne, qui revendique une légitimité historique que cette dernière aurait perdue.

Reste bien sûr à vérifier, dans le cas d’espèce, que le discours rend bien compte de la réalité, ou que le pouvoir performatif du mot est bien celui que l’on espère. Ce qui n’est pas gagné, comme on dit ! Le cimetière des lendemains de congrès ou d’élections est rempli de claquements de portes que plus personne à présent de qualifierait de « scission »…

 

 

 

 

A propos Paul Bacot

Paul Bacot Professeur des universités émérite Sciences Po Lyon / UMR 5206 Triangle (CNRS / ENS Lyon) Ouvrages publiés en 2016 : Guide de sociologie politique (Ellipses) Une enfance en Quatrième République. Souvenirs d'un apprentissage politique (L'Harmattan)

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