Bas le masque !

Dessin de Wilhem, Libération, 4 juillet 2019.

Sourcils méphistophéliques en accent circonflexe, long nez (l’un plus bourbon, l’autre plus pointu), carrure « poids léger » : de toutes parts Nicolas perçait déjà sous Emmanuel. L’« omni-président » comme le « jupitérien » sont tous deux solidement libéraux. Wilhem va plus loin : dans son dessin, Nicolas Sarkozy met bas le masque, et c’est un masque de Macron. Ah, tout s’explique ! Depuis le début on avait donc affaire à une comédie, qui devient enfin cohérente !

Par métaphore, Emmanuel Macron est réduit à un masque : faux-jeton de pure surface, faisant de la vie une simple affaire de communication, tout dans l’apparence. Le dessin est subtilement réglé : la ressemblance de détail du nez et des sourcils des deux hommes y cohabite avec une antithèse saillante, celle du masque et du masqué, saisie au moment même où Nicolas Sarkozy est censé dévoiler la supercherie.  Ce moment coïncide avec notre présent, à droite de l’image, associé par une cascade de dérivations métonymiques à l’endroit où se termine le parcours visuel des discours calé sur l’orientation occidentale de l’écriture (à gauche, donc) : tout notre passé est jusqu’à aujourd’hui sous le régime du masque. On est conduit par le dessin à faire un inventaire de griefs pour chercher ce qui a forcé l’aveu de cette consubstantialité jusqu’alors tue : le bras de fer avec les enseignants ? avec les infirmiers ? le tardif réveil écologique ? tout cela, et plus encore ?

À ces questions, le masque d’Emmanuel Macron oppose son sourire figé, dents jointes. Ceux qui se souviennent du débat de 2017 verront là un reflet du sourire « carnassier » et envahissant de Marine Le Pen, elle aussi dents découvertes : ce rictus appartient sans doute, c’est rare, à une mémoire – sinon à un lexique – des images, à la différence que la bouche du masque n’est pas rectangulaire et que les commissures des lèvres sont effilées. Mais dans les deux cas, une sorte de résistance se loge métonymiquement dans les dents jointes. Emmanuel Macron serre les dents contre vents et marées, et rien ne le fera dévier. D’où une deuxième métaphore, plus implicite : un masque de Macron, c’est une parfaite figure de proue.