Skip to content

SELP

Société d'étude des langages du politique

  • Casino en Ligne
  • Contact

« Affaire Benalla. Manu assume, Macron ne répond pas »

3 septembre 20183 septembre 2018 Hugues Constantin de Chanay

(Libération, 26 juillet 2018)

© dessin de Willem, Libération, 26 juillet 2018.

De même que la rhétorique, toute utile qu’elle soit, n’est jamais à la discrétion du seul locuteur qui en use, les appellations ne sont pas interchangeables (« Il y a des cas où il faut appeler Paris, Paris, et d’autres capitale de la France » notait ainsi Barthes dans son essai sur La Rochefoucauld, en écho à Pascal), qu’il s’agisse d’éviter une répétition ou de choisir le mot approprié. L’usage de « Manu » et de « Macron » pour désigner deux fois le même homme dans le même titre, loin d’être une simple variation synonymique, conduit à une opposition : Manu et Macron agissent de façon antithétique.

En dissociant ces deux facettes, Libération suggère qu’Emmanuel Macron les dissocie aussi, et qu’en Ponce Pilate le président couvre ce que fait l’homme et serait même prêt à commanditer en toute conscience les comportements franchement contestables attribués à Benalla, lui-même étant officiellement protégé par une immunité qui, suggérant son irréprochabilité, le dote presque d’un casier vierge par nature. On se souvient qu’il y a quelque temps, au lycéen qui lui demandait « Ça va Manu ? », Macron répondait « Tu m’appelles monsieur le président de la République » : question de protocole qui en la circonstance semblait légitime. Mais la même logique de dissociation, si elle affranchit le président de ce que fait Manu, peut revenir pour le premier à laisser le champ libre à l’autre (car qui ne dit mot consent) et même à lui dégager le terrain.

On ne saurait en vouloir à « Manu ». D’une part « Manu », c’est l’ami que tout le monde a (d’où ce diminutif affectueux) et dont on peut se recommander dans n’importe quelle fête. C’est un « vrai mec », un « mec cool » : Manu communique sourdement à Emmanuel sa virilité sympa. D’autre part il « assume » : cet engagement est une explication suffisante et rend superflue toute autre justification (voir nos précédentes remarques à ce sujet à propos du « j’assume » d’Edouard Philippe). Mais Emmanuel, lui, ne répond pas : ni aux questions (il garde le silence, ce dont tout le monde s’aperçoit) ni de ses actes (donc il n’« assume » pas : ce que dit aussi le verbe « répondre »). Manu peut être mauvais garçon, Macron non. Chacun son rôle et le vernis de la plus haute fonction est intact.

En les rapprochant, Libération souligne que « Manu » et « Macron », certes on ne peut plus opposés linguistiquement, désignent une seule et même personne, et en critique par là l’incohérence. Car c’est bien Macron qui, dans le dessin de Willem paru dans le même numéro, endosse non seulement les attributs légaux de la force, mais ceux que Benalla qui l’encourage à l’arrière-plan est accusé d’avoir usurpés.

 

Posted in Figurez-vous…Tagged antithèse, synonymie

Navigation de l’article

« L’opposition peine à exister »
« Un doigt d’honneur dans une moufle, ça n’aura pas d’effet majeur »

Bienvenue !

La Selp est une société d’étude qui partage des analyses du discours politique dans une dynamique interdisciplinaire et vivante. Bonne découverte de notre site !

Catégories

  • Canada
  • Européennes
  • Figurez-vous…
  • France
  • Grand Huit !
  • Lectures
  • Législatives 2022
  • Non classé
  • Présidentielle 2022
  • Le bureau actuel de la SELP
  • Adhésion
  • Liens et ressources
  • Événements
  • Nous contacter

© 2024 SELP

Proudly powered by WordPress | Theme: x-blog by wpthemespace.com