« Pour l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent »

(liste PCF aux élections européennes, 2019)

La structure de ce slogan est somme toute classique : construction binaire, opposition « pour » vs « contre », composition synthétique par ellipse du verbe. Quant au message véhiculé, le PCF, parti de la « vraie » gauche, choisit de confronter deux entités antagoniques « les gens » face à « l’argent », là où il y a encore quelques années il aurait invoqué un rapport de force, pour ne pas dire une lutte des classes, entre les travailleurs et le Capital. Pour tous ceux qui connaissent le sous-texte marxiste, l’interdiscours permet d’effectuer une translation métonymique de « travailleurs » à « gens » et de « Capital » à « argent ». Ce dernier terme est à interpréter comme une sorte de mot-argument qui sous-entend que l’argent est roi dans cette « Europe du grand Capital » que les fidèles électeurs du parti ne manqueront pas de reconnaître. Le substantif « peuple », qui avait une connotation misérabiliste ou révolutionnaire associée aux évènements historiques du siècle dernier, a pratiquement disparu des discours du parti. On lui préfère donc cette dénomination familière : « les gens » – par ailleurs adoptée par La France insoumise –, désignant une entité collective plus large, plus inclusive mais aussi plus floue, susceptible d’impliquer une large fourchette d’électeurs. Mais quel est donc son référent exact ? Est-ce la communauté encore informe des anonymes qui revendiquent un accès à une citoyenneté active ? L’énonciateur qui interpelle « les gens » se considère-t-il comme un des leurs ou bien serait-il celui qui éveille la conscience politique des masses ?

Source de l’image : https://www.europedesgens.fr/