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Société d'étude des langages du politique

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Auteur/autrice : Paul Bacot

Paul Bacot Professeur des universités émérite Sciences Po Lyon / UMR 5206 Triangle (CNRS / ENS Lyon) Ouvrages publiés en 2016 : Guide de sociologie politique (Ellipses) Une enfance en Quatrième République. Souvenirs d’un apprentissage politique (L’Harmattan)

Attal, minable petit

6 mars 20246 mars 2024 Paul Bacot

(Jean-Luc Mélenchon, 4 mars 2024 sur X)

PB / SELP

Minable et petit sont deux mots ayant en commun de pouvoir être soit adjectif, soit nom commun. Quand ils sont employés seuls et juxtaposés, il faut bien que l’un des deux soit adjectif, et l’autre nom commun. Mais alors, Jean-Luc Mélenchon voit-il dans Gabriel Attal « un petit qui est minable », ou « un minable qui est petit » ?

Comme en français l’adjectif épithète est le plus souvent postposé, on pourrait retenir la seconde hypothèse, mais il y a des exceptions nombreuses et variées à la règle. Ainsi, si les deux mots avaient été placés dans l’ordre inverse, petit minable aurait dû s’entendre « minable particulièrement méprisable » – un peu comme, dans la bouche de Nicolas Sarkozy, petit calomniateur affichait l’idée peu flatteuse que celui-ci se faisait de son adversaire François Hollande, lors du débat qui les opposait le 2 mai 2012.

Mais il s’agit bien ici de minable petit et finalement, quel que soit celui des deux termes qui est déterminé par l’autre, cela ne change pas grand-chose : le leader des Insoumis reproche au Premier ministre d’être soit de petite taille, soit de jeune âge, soit les deux à la fois. On est clairement en présence d’une attaque non pas ad hominem, qui pourrait appeler une contre-argumentation, mais bien ad personam, insusceptible d’être contrée puisque pointant des caractéristiques dont l’intéressé-cible n’est pas responsable.

Il n’en aurait pas été ainsi avec la formulation plus probable petit minable : l’accusation eût été « seulement » d’être très minable. Mais le choix de l’ordre improbable minable petit, dans la forme, attire l’attention, et dans le fond, redouble la dénonciation de la consternante médiocrité par celle de la petite taille et/ou du jeune âge. De quoi s’assurer que ce qu’on pourrait appeler un dérapage ne passera pas inaperçu ! Un peu comme lorsque l’ancien candidat à l’Elysée, le 22 octobre dernier sur X, reprochait à la présidente de l’Assemblée nationale de « camper à Tel-Aviv ».

Posted in Figurez-vous…, Non classéTagged attaque ad hominem, attaque ad personam

C’est surtout votre soumission à Vladimir Poutine qui a fait exploser les prix du gaz.

8 février 20248 février 2024 Paul Bacot

(Bruno Le Maire au député RN Lionel Tivoli le 6 février 2024 à l’Assemblée nationale)

PB / SELP

Puisqu’il est couramment admis qu’on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu, on devrait éviter de parler d’explosion à propos d’une affaire de gaz. Mais il est vrai que ce n’est pas ce dernier qui est censé avoir explosé, mais son prix. Si la métaphore de l’explosion des prix n’est pas très innovante, son caractère hyperbolique ne manque pas d’efficacité. Pour autant, cette explosion-là fait bien pâle figure comparée à celles qui rythment la vie des Ukrainiens depuis maintenant deux années – peut-on parler d’explosion à côté de la maison de bombardés ? Car la guerre ravage toujours l’Ukraine, malgré la martiale annonce du même Bruno Le Maire déclarant sur Franceinfo, le 1er mars 2022, que la France et l’Union européenne allaient livrer une guerre économique et financière totale à la Russie, devant provoquer l’effondrement de l’économie russe. Il est vrai que le Ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique est un habitué des déclarations explosives – de ce fait éligibles au statut de petites phrases. Même dans sa production littéraire, on le sait capable de quelque emphase explosive, dilatée comme jamais…

Posted in Non classé

Les agriculteurs, il faut leur foutre la paix ! (Aurore Bergé, France Inter, 21 janvier 2024)

4 février 20245 février 2024 Paul Bacot

…une France qui se lève aux aurores chaque jour… (Gabriel Attal, Assemblée nationale, 23 janvier 2024)

Je ne serai pas que la ministre des vernissages, des expositions et des spectacles (Rachida Dati, Festival d’Angoulême, 27 janvier 2024)

PB / SELP

Ce n’est pas d’aujourd’hui que se pratique dans le discours politique la citation implicite, appropriée et plus ou moins aménagée, mais ce début d’année nous en donne quelques beaux exemples. Cette reprise non explicite recherche différents profits. D’abord, elle a de bonnes chances d’être remarquée par les médias, qui vont donc la reprendre et la faire circuler comme « petite phrase ». Ensuite, elle est construite à partir d’un patron et bénéficie par conséquent des qualités formelles qui ont déjà fait le succès de la phrase originelle. De surcroît, elle permet d’espérer le partage de la légitimité de l’auteur de celle-ci. Enfin, comme la métaphore, son caractère implicite laisse à ceux qui l’entendent le soin de la reconnaître et de l’interpréter, ce qui génère une sorte de connivence entre eux et l’auteur de la reprise.

Ainsi Aurore Bergé est-elle bien en phase avec ce que la plupart des observateurs ont qualifié de droitisation du macronisme, en reprenant la phrase attribuée à Georges Pompidou mettant en garde en 1966 son chargé de mission Jacques Chirac (Il faut arrêter d’emmerder les Français !), reprise et aménagée par François Fillon en 2016 (Que l’Etat arrête de nous emmerder !), puis par Emmanuel Macron lui-même en 2022 (Moi, je ne suis pas pour emmerder les Français). Les suites des propos pompidolien et filloniste montrent clairement que les responsables desdits emmerdements sont les lois, les règlements, les normes, les charges, les impôts. La forme pour le moins familière, pour ne pas dire vulgaire, tant de la citation originelle que de ses reprises, est censée attester la sincérité de leurs auteurs et leur solidarité avec les victimes présumées : il y a donc politisation, le repreneur se plaçant du côté de celles-ci contre les coupables de réglementation, de législation et d’imposition. Laissez-nous travailler !, ajoutait François Fillon, mettant ce qu’un certain jargon contemporain dénomme la valeur travail du côté des victimes, et donc du sien.

Il en va de même de Gabriel Attal, qui reprend dans une forme un peu plus poétique la célèbre formule de Nicolas Sarkozy, en visite à Rungis en 2007, disant venir à la rencontre de la France qui se lève tôt. Marine Le Pen s’était déjà approprié l’expression en 2017, se présentant comme la candidate de la France qui se lève tôt. Le nouveau premier ministre ajoute, lui, que cette France qui se lève aux aurores est celle qui travaille. La mobilisation de la figure de l’aurore, phénomène naturel, vise à mettre les paysans, et donc lui-même, du côté opposé à ce qui serait artificiel, voire contre-nature.

Quant à Rachida Dati, elle cherche probablement à préempter un peu de la légitimité de Charles de Gaulle qui, en 1965, se demandait ironiquement Qui a jamais cru que le général de Gaulle étant appelé à la barre devrait se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes, reprenant une expression oubliée de son prédécesseur Emile Loubet. L’auditeur angoumoisin aura peut-être entendu cette « petite phrase » comme dans une bulle… Mais dans le même temps, la nouvelle ministre de la Culture marque son territoire, confortant son image de forte personnalité et surtout se distanciant de tout ce qui est officiel et protocolaire, pour se placer du côté de l’action et du travail. Est-ce ce que veut dire Pierre Charon lorsque, selon Ariane Chemin dans Le Monde du 19 janvier 2024, il parodie Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs en lançant :

Rachida ose tout, c’est même à ça qu’on la reconnaît !

Posted in Figurez-vous…Tagged citation implicite, petite phrase, reprise

« Il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen ! Il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen ! Il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen ! »

26 avril 20221 février 2024 Paul Bacot

Jean-Luc Mélenchon, Paris, 10 avril 2022

Est-ce Jean-Luc Mélenchon qui parle lorsqu’il répète trois fois devant ses partisans au soir du premier tour de la présidentielle : « Il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen ! » ? Et est-ce le général de Gaulle qui parle lorsqu’il s’exclame, le 14 décembre 1965 à la télévision : « l’Europe ! l’Europe ! l’Europe ! » ? Ne s’agit-il pas plutôt dans les deux cas de la citation implicite sur le mode parodique d’un propos rapporté, présenté comme emblématique de l’adversaire ?

C’est évident pour le général, dont le recours à l’ironie tend à ridiculiser la préoccupation majeure de ses opposants, la construction européenne, par le triple effet de l’intonation, de la gestuelle et de la répétition : Jean Lecanuet est alors censé invoquer l’Europe en sautant sur sa chaise « comme un cabri ».

Le leader de la France insoumise, lui, dit répéter sa consigne en vue du second tour afin que ses adversaires ne puissent pas dire qu’ils n’ont pas entendu. C’est donc apparemment bien lui qui parle, mais la façon dont il procède – son recours à une gestuelle, une intonation et une répétition très proche de la pratique gaullienne – revient en fait à se moquer de ladite consigne, qui ne semble plus être la sienne mais celle que lui rappellent ses adversaires. On ne verbalise pas de cette manière sa propre pensée. Ce que l’on entend dans la bouche de Jean-Luc Mélenchon est censé être son mot d’ordre de refus du vote Le Pen, mais sonne en réalité comme un propos rapporté qu’il brocarde, celui disant le choix d’un vote dit « de barrage ». Il réduit par là-même la portée et, partant, l’efficacité de la consigne.

Posted in Présidentielle 2022Tagged citation implicite, discours rapporté, ironie, parodie

« Il nous faudra donc travailler plus »

30 mars 202230 mars 2022 Paul Bacot

(Emmanuel Macron, « Lettre aux Français », 3 mars 2022)

Arrêtons-nous sur l’usage que fait Emmanuel Macron du pronom personnel nous dans sa Lettre aux Français. Avec une trentaine d’occurrences, il renvoie à des référents très différents, ce qui a priori n’est pas surprenant, la seule contrainte en la matière étant que nous doit inclure le locuteur et une ou plusieurs autres personnes. Mais ici, le passage est fréquent d’un nous à un autre, avec parfois un référent incertain. L’effet rhétorique est à son comble lorsque le président-candidat semble employer un nous qui n’implique que lui ou qui au contraire ne le concerne pas.

Quand il dit « Depuis cinq ans, nous avons traversé ensemble nombre d’épreuves », il parle de tous les Français, vous et moi. Mais quand il concède « Nous n’avons pas tout réussi. Il est des choix qu’avec l’expérience acquise auprès de vous je ferais sans doute différemment », on est peut-être en présence d’un nous « de modestie », ou « de majesté », c’est-à-dire d’un je, ou plus vraisemblablement d’un nous qui balance entre le je et le vous. Et quand au contraire il annonce « Il nous faudra travailler plus », il n’avoue certainement pas avoir consacré trop peu de temps à l’accomplissement de sa tâche durant son quinquennat, mais veut dire bien sûr : « Il vous faudra travailler plus » ! En incluant fictivement lui-même dans le groupe des personnes qui devront travailler plus, ainsi qu’une partie des destinataires de sa Lettre en réalité non concernés, Emmanuel Macron euphémise son propos pour rendre plus acceptable la réforme des retraites qu’il annonce.

Est donc mis en scène un nous incertain incluant ou non de façon plus ou moins fusionnelle Emmanuel Macron et/ou les Français et/ou certains Français, ce qu’on retrouve dans l’affiche de campagne : « Nous tous. Emmanuel Macron avec vous ».

Posted in Présidentielle 2022Tagged destinataire, euphémisme, occurrence, pronom personnel, référent, rhétorique

« Z »

21 mars 202221 mars 2022 Paul Bacot
Si Eric Zemmour n'a pas encore officialisé sa possible candidature, des militants ont placardé des affiches de soutien dans Paris. LP/Olivier Corsan
LP/Olivier Corsan
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Un char russe siglé du mystérieux «Z», le 25 février dans la région du Donbass. (Gabriele Micalizzi /Cesura pour Libération)

Zut ! La coïncidence est pour le moins fâcheuse. Au moment où les jeunes supporters d’Éric Zemmour, ceux de Génération Z, placardent le portrait de leur candidat accompagné de la lettre Z, les jeunes et les moins jeunes supporters de Vladimir Poutine tracent un peu partout la même lettre pour dire leur soutien à l’agression contre l’Ukraine. Dans le même temps, les soldats russes décorent leurs tanks du même symbole. Signe de distinction sur le champ de bataille pour les engins envahisseurs ou indication d’une zone de l’Ukraine à occuper ? On l’ignore, mais on sait que le président russe a célébré l’anniversaire de l’annexion de la Crimée devant deux slogans de facture assez classique, que l’on peut traduire ainsi : « Pour une paix sans nazisme » et « Pour la Russie », étant précisé que pour se dit za en russe et que la graphie des deux Za majorait la lettre Z –latine et non pas cyrillique.

L’usage de lettres dans la propagande électorale ne peut être considéré comme un marqueur des candidats d’extrême droite, mais Marine Le Pen joue aussi avec l’initiale, non pas de son nom mais de son prénom, non pour dire la guerre mais l’amour. La France qu’on M et M la France comptent parmi les slogans de sa troisième campagne présidentielle, tandis que son site a pour adresse MlaFrance.fr. Voici une candidature féminine présentée comme résolument moderne et porteuse d’un nationalisme à visage humain, quand son concurrent immédiat préfère l’image virile du manieur d’épée Zorro. Monsieur Z versus Madame M… Rien de commun avec ce candidat à la candidature identifié comme Monsieur X : Gaston Defferre avant le scrutin de 1965.

Posted in Présidentielle 2022Tagged initiale, lettre, slogan, symbole

« Mon adversaire, c’est l’injustice »

14 mars 202214 mars 2022 Paul Bacot
AFP – Loic VENANCE

(Anne Hidalgo en meeting à Rennes le 11 mars 2022)

« Dans ce pays miné aujourd’hui par les inégalités dès le plus jeune âge, […] mon adversaire, c’est l’injustice ! » a déclaré la candidate socialiste, en écho au célèbre « Mon ennemi, c’est la finance » censé avoir été prononcé par François Hollande au Bourget le 22 janvier 2012. En réalité, le futur président de la République avait dit : « Mon véritable adversaire, […] c’est le monde de la finance ». Cette forme d’interdiscursivité qu’est l’évocation, à travers une citation implicite, d’un précédent propos tenu par un autre locuteur, peut s’expliquer par la recherche du bénéfice de l’autorité reconnue à ce dernier, ou encore par celle de l’efficacité attribuée à sa performance rhétorique.

Ce qui relie ces deux segments de discours est la forme /X, c’est Y/, qui pointe un sujet prioritaire (un adversaire : le monde de la finance ou l’injustice) tout en reconnaissant la nécessité de la proclamation de cette désignation – nuance renforcée chez Hollande par la présence de l’adjectif véritable, mais qui du coup est perçue même in absentia chez Hidalgo.

On peut aussi s’attarder sur la substitution d’un syntagme nominal à un autre – l’injustice à le monde de la finance. N’est plus dénoncé un ensemble de personnes remplissant une fonction somme toute indispensable, mais un système fondé sur le déni d’une valeur pourtant, au moins formellement, unanimement proclamée. La cible est plus abstraite mais difficilement contestable.

Les scores comparés des deux candidats socialistes, à dix ans d’intervalle, ne nous diront pas laquelle des deux phrases aura été la plus mobilisatrice, trop de choses étant inégales par ailleurs : on est bien loin d’une situation expérimentale.

Posted in Présidentielle 2022Tagged citation, in absentia, interdiscursivité, syntagme nominal

« Lettre aux Français »

7 mars 20227 mars 2022 Paul Bacot
https://i0.wp.com/www.leparisien.fr/resizer/mYYPQiPoj2H2rTcH79uBKKgygVE=/932x582/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/leparisien/IVNZHFKQBVBKTFWQGFJM3ZYL7U.jpg?w=960&ssl=1

(Emmanuel Macron, 3 mars 2022)

François Mitterrand déclare sa candidature à un second mandat présidentiel, le 22 mars 1988 sur Antenne 2, en répondant simplement « oui » à la question que lui pose Henri Sannier – « êtes-vous à nouveau candidat à la présidence de la République ? » –  puis il publie une Lettre à tous les Français, le 7 avril, pour exposer son bilan et énoncer son programme. Trente-quatre ans plus tard, Emmanuel Macron pratique le « tout en un » dans une Lettre aux Français. Entre temps, Nicolas Sarkozy diffuse de semblables Lettres en 2007 et 2012. Et qui se souvient de la Lettre aux Françaises et aux Français écrite par le candidat Pierre Marcilhacy, six mois avant l’élection présidentielle de 1965 ?

La connotation très personnelle du mot lettre, alors même que le message s’adresse à plusieurs dizaines de millions de personnes, est bien en ligne avec la fameuse définition de l’élection présidentielle, généralement attribuée au général de Gaulle : la rencontre d’un homme et d’un peuple. Mais le choix d’un tel intitulé suppose une sorte de métaphore, construite sur l’analogie entre deux types de textes écrits adressés, l’un à une personne ou à quelques destinataires bien identifiés, l’autre à un large collectif dont la majeure partie n’en sera jamais réellement destinataire. La figure de la synecdoque qui  permet de passer du peuple à l’individu dans sa singularité, apparaît comme un moyen finalement assez classique pour tenter de réduire une distance entre gouvernants et gouvernés volontiers considérée comme s’accroissant dangereusement.

Posted in Présidentielle 2022Tagged métaphore, synecdoque

« Parrainer n’est pas soutenir »

28 février 202228 février 2022 Paul Bacot
Présidentielle 2022. Réforme des parrainages : Gérard Larcher met trois  propositions sur la table
Gérard Larcher, France Inter, 11 janvier 2022

La déclaration du président du Sénat a été reprise par de nombreux acteurs et commentateurs de la vie politique : parrainer, pour la quarantaine de milliers d’élus habilités à donner leur signature pour un candidat à la présidentielle, ne vaudrait pas approbation des idées et des propositions de celui-ci. Mais le droit est le droit, et la langue française est la langue française.

L’article 3 de la loi organique du 6 novembre 1962, modifiée à plusieurs reprises, qui organise la sélection des candidats à l’élection présidentielle, ne fait aucunement usage des mots parrainage, parrainer ou parrain. Elle stipule que « la liste des candidats est préalablement établie par le Conseil constitutionnel au vu des présentations qui lui sont adressées », et que ledit Conseil « doit s’assurer du consentement des personnes présentées » et rendre publics « le nom et la qualité des citoyens qui ont valablement présenté des candidats ».

Or, selon le Petit Robert, le verbe présenter, lorsqu’il est transitif, signifie soit « montrer » (on peut dire que l’on présente sa candidature à un poste), soit « faire connaître à quelqu’un », en présentant une personne à une autre, ou quelqu’un pour un emploi en le proposant (un parti présente un candidat à une élection). Présenter un candidat, c’est donc clairement le proposer à ses concitoyens.

Le recours à la métaphore du parrainage ne change rien à l’affaire : le parrainage est un « soutien » et parrainer c’est « soutenir », « présenter en tant que parrain ».

Posted in Présidentielle 2022Tagged métaphore

« C’est un peu notre Arlette Laguiller de la droite nationale, Marine Le Pen »

17 janvier 202217 janvier 2022 Paul Bacot

Éric Zemmour sur BFMTV le 12 janvier 2022

Faire précéder un nom propre (ici un anthroponyme) d’un déterminant (ici un adjectif possessif) transforme le premier en nom commun par antonomase. Une réalité unique devient l’élément archétypique permettant de désigner une catégorie. Pour Éric Zemmour, quelle est donc la caractéristique d’Arlette Laguiller que l’on peut retrouver chez d’autres protagonistes des scrutins présidentiels, dont Marine Le Pen ? Leur commune orientation extrémiste n’est certainement pas en cause pour l’ancien polémiste de CNews, pas plus que leurs scores, très inégaux. Ce qu’Éric Zemmour reproche explicitement à Marine Le Pen est qu’elle porte une candidature de routine. Pourtant, ce n’est que la troisième fois qu’elle postule à la présidence de la République, alors qu’Arlette Laguiller l’a fait à six reprises. Jacques Chirac, François Mitterrand et Jean-Marie Le Pen ont candidaté plus souvent que la fille de ce dernier. Peut-être faut-il aller chercher d’autres motivations plus implicites, comme le fait qu’Arlette Laguiller est la plus connue dans la catégorie des petits candidats : Marine Le Pen ne jouerait pas dans la cour des grands. Ou encore le fait qu’Arlette a été la première femme à candidater à une présidentielle : Éric Zemmour renverrait ainsi Marine à ses casseroles, et son parti à son incapacité à se doter d’un héraut doté de cette virilité qui sied selon lui à un chef de l’Etat.

Posted in Présidentielle 2022Tagged anthroponyme, antonomase

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